Parce que mes pieds sont têtus.

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lundi 10 octobre 2016

Marathon 2 Lyon. L'indice cible


















Lecteur je préviens. 
ces lignes sont un réquisitoire anti faux-fuyant doucereux et elles dégoulinent en outre, d'auto-censure moraliste.  
Bon. J'abuse un peu.
J'ai juste une tête de mule démesurée. Et un peu de jambes, ça sauve l'honneur.
L'âne vise l'orgueil. C'est entendu.
Alors voilà. J'étais vachement en forme.
Mais vraiment quoi. Je ne faisais pas semblant. Comme il y a six mois. Sur la course Haddock.
Fut un temps j'avais besoin de dire que j'allais bien et aujourd'hui je vais réellement bien.
Bon alors j'ai fait mes gammes. Assez intuitivement d'ailleurs.
L'été n'était pas fait pour bosser. En tout cas dans le sens sportif du terme, bien que j'y aie usé quelques paquets de kilocalories à m'asticoter en déménagements en tout genres.
Mais enfin, les sorties pedibus jambus Pegasus étaient principalement programmées pour m'aérer le caractère et j'étais d'humeur à dégouliner de bonheur pour une sortie au feeling et à bugner d'un crochet du gauche quiconque aurait osé me demander de forcer.
J'ai continué sur ma lancée en septembre, en y incluant, faut pas charrier, quelques belles sorties bi-hebdomadaires à accélération progressive : Kilomètre un en 4'50 et kilomètre 12 en 3'45, pour brosser grosso-modo le tableau -Je vais pas te filer mon plan, tu risquerais de ressusciter mon chrono avorté !-
Bon. Alors. Pour résumer. Soyons con sise. J'ai travaillé sur une base de 4'38 au kilomètre. Soit du  3h 15 au marathon. Je me suis formatée pour cette allure.
J'ai sorti 7 minutes de plus, soit 3 heures 22 minutes et 25 secondes. 1 km 500 de retard sur le chrono escompté. C'est beaucoup.
Avant d'ouvrir le bureau des Paul et Mickey et compagnie je tiens à préciser que je ne considère pas mon chrono comme du tout venant. 
Je suis une pissouse. Comme chacun sait, la pissouse quadra se classe en 3h 30. Je reste de ce fait classée pour la troisième fois consécutive. Je peux courir New-York et Boston. J'ai pas le premier billet pour. Mais je peux. Ça me fait une belle jambe, c'est déjà ça de pris pour les photos IGcompatibles.
Au regard de cette fine observation, j'accepte en vrac les vivats et bravos comme les expressions de peut mieux faire mâtinées de passable. Peu me chaut. C'est un chrono point.
L'observateur sur ce point, a un avis plutôt très consensuel. Le coureur est d'ailleurs, assez consensuel en général. Peu importe ce que tu cours et en combien tu le cours, ce que tu as préparé ou procrastiné, travaillé ou bâclé, pour le conventionnel, c'est toujours un exploit. Ça fait partie du pack coureur. A ce titre, renoncer à la palme de démiurge n'est pas vu d'un très bon oeil. 
C'est joli. C'est vrai ! Je me prends aussi au jeu, et puis ça fait du bien d'être déifié. On a besoin de ça. Terriblement besoin.
Mais le meilleurs compliment qui soit pour moi, est loin d'être celui là. Le plus beau cadeau, celui qui me prend aux tripes et qui fait déborder le vase. Celui qui me fait sourire morveux, yeux baveux et lèvres vitreuses. Le master classe de la complimente, c'est l'aveu, yeux dans les yeux, qui dit ben mon vieux, ça c'est du boulot. Du beau, du dur, du ciblé, du juste, du travaillé, du pensé, de l'acharné, du mérité.
Tu prépares. Tu bosses. Tu gagnes. Et peu importe ce que tu prépares. Il n'est pas question de niveau de cible, il est juste question de cibler.
Il se trouve que pour courir Lyon, comme pour la plupart de mes courses sur route, j'ai bossé un temps cible. Il se trouve que j'étais prête. Il se trouve que j'ai foiré.
J'ai cru un moment que je pouvais être un héros. Juste pour une journée.
J'avais peut-être besoin de ça. 
Penser que je pouvais être encore meilleure que la cible. C'était le début de l'erreur.
Je suis partie comme une flèche. Un sermon sous le crâne à chacune de mes foulées. Je le savais.
Plonger tête baissée dans l'illusion. Du sophisme. Je me persuade que je suis dans le bon.
Logique en même temps.
Et puis je me persuade longtemps, et tant et si bien que je finis un semi en 1 heure et 33 minutes à ma montre, une base de...3 heures 06 au marathon. Bingo.
Des amis sur le tracé m'encouragent. Je crois qu'ils pensent aussi, à cet instant que je peux tenir. J'ai une foulée qui peut laisser penser que je suis facile. Même quand je ne le suis pas.
Je donne souvent l'illusion que je suis facile. Même quand je ne le suis pas.
Il m'arrive de rares fois d'exposer mes défaillances. Nicolas, à Cheverny le sait. 
Peu importe. Je ne suis pas mal en point. Loin de là. Mais je décline, doucement. Je perds de la vitesse, m'agace pour l'augmenter, chope un point de côté, maîtrise une crampe. Je ne cesse de tenter de maintenir l'aiguille d'une allure qui tend à échapper à mon contrôle et je ne m'accroche plus au kilomètre 38 qu'à l'idée de sauvegarder un embryon de record personnel.
Et j'y arrive.
Une minute et quelques secondes de gagnée sur la distance. Ce n'est rien. Quelques grammes de poussière. Pas d'étoile. Mon marathon de Cheverny était bien plus beau tu sais. Couru corps et âme à nu et à tripes. 
Je suis rage. Je suis penaude. Je suis colère et bêtise. Pas besoin d'analyse. Elle est toute faite. Je savais en courant ce que je faisais. Je suis partie trop vite. Je n'ai pas décomposé ma course. 
Payée cash.
Quand tu marches le nez dans les étoiles, tu tombes dans la fosse à purin. Parait. C'est en Chine qu'y disent. Ma maman, elle, disait que j'avais "my brain in my toes". Vérifié.
Ceci étant dit. Et ceci étant fait. 
Much ado about nothing ou quasi.
Je tenais à dire ma philosophie toute personnelle de la performance. Elle tient à un travail, bien plus qu'à une à posture. J'admire avant tout les personnes qui osent avouer leurs objectifs, bien plus que celles qui avancent dans le qu'en verra t'on. Annoncer la couleur quand la course est faite, c'est donner la météo de la veille.
La performance dans le sport se joue sur la connaissance de soi. De ce que l'on peut envisager, avec sérieux, en temps, en classement, en kilométrage, peu importe. 
L'accomplissement n'est pas le degré, il est l'objectif.
Perdue ou gagnée, la course est jouée. Elle n'est que plaisir, et cela est évidement acquis, je passe sur cette idée stupide et tenace qui chercherait à démontrer que le degré de plaisir en course serait inversement proportionnel à la recherche de performance. 
Qu'elle soit dépassement, médiocrité, erreur ou abandon la valeur de la course ainsi mesurée, n'en a au final, que plus de saveur et d'importance.
Je ne suis pas un héros. J'aurais pu l'être si j'avais tenu mon objectif.
Mais je ne suis finalement,
qu'une mule altière.
Et c'est un peu bête. Certes. Mais c'est parce que mes pieds sont têtus.
Alors je recommencerai.

































Merci à Eric, entraîneur patient.
Merci à Mathias et à Audrey, supporters confiants.
A Hanke et à Nicolas.

lundi 18 avril 2016

Cheverny: Un marathon Haddock ! *

* Le titre de mon compte-rendu du marathon de Cheverny était choisi bien avant de le courir - Et comme souvent pour mes articles. Quand le titre est trouvé, le reste suit.
Ecrire aujourd'hui sur ce que j'ai vécu au marathon de Cheverny relève du devoir, de l'hommage, plus que du factuel. L'exercice est difficile, tant j'ai donné et reçu d'affect sur cette course très particulière.
Bien que méticuleusement préparée pour mon 4 ème marathon, j'ai couru cette épreuve avec un volcan dans la tête et un boulet sur chaque cheville. 
Toulouse, Paris, puis Lyon* furent courus dans un état de flow très particulier et vecteurs de performance. A Cheverny, pour la première fois, j'ai vécu une course de pur labeur. 
La cause ne trouve sa réponse que dans une large part de ma vie actuelle et restera donc privée.
Si je suis allée au bout de ce marathon en conservant un chrono sous les 3h25 - et en maintenant donc ma sélection France ( IR4 ) obtenue à Lyon, c'est grâce à un coureur que je ne connaissais pas avant de m'arrêter net au 23 ème kilomètre...

Lettre ouverte à Nicolas, mon Saint Sauveur au pays de Tintin.

"Je me suis arrêtée avant. Mais je crois que tu le sais. Je me suis persuadée sur ce premier semi que tout irait bien. Je savais au fond que rien n'allait. Seule. Je me sentais seule. Ça m'est arrivé sur mon 10 km en préparation. Seule. Et j'avais arrêté. Au milieu. Sans prévenir. Net. Arraché le dossard. Pleuré beaucoup. Et puis le lendemain, effacé tout, comme une honte. Rangé ce dix foireux aux oubliettes. Et ça recommençait. Ici, dans le parc du chateau de Cheverny, alors que je m'apprête à courir la seconde boucle du marathon.
Il faudra repasser devant le chateau, là où chacun acclame son coureur. Mari, épouse, enfants, parents, amis. Il faudra reprendre le long ruban forestier qui fait des bosses. Si on lève la tête on voit le devant. Loin. Qui monte. On tournera ensuite, dans le chemin aux ornières. Puis sur cette route bitumée de plein soleil. Prendre les lacets enfin, tourner, compter les mètres qui s'ajoutent aux mètres, grappiller du temps, égrainer les foulées en pensant surtout. En pensant avant tout, de ne pas penser.
Je suis partie confiante. Certaine que ma préparation ferait la différence. Effacerait la fatigue accumulée depuis plus d'un an. Je suis partie forte. Besoin de personne. Je suis partie naïve.
La campagne est belle. Ce marathon est beau ! Oui, il l'est! Coeur de France, village au fier chateau dont les lignes au cordeau ont inspiré Hergé. Je cours à Moulinsart, Sapristi!
Allure relevée. Légère et frondeuse. Sur 5 kilomètres. Et puis les pensées sont revenues. Je ne cesse de comparer. Pourquoi n'est ce pas fluide? Tu sais, comme à Lyon! Tu ignores, alors que tu me suis déjà sans que je le sache, qu'à Lyon tout était si simple. Comme si ce n'était pas moi. Comme si la course était innée, inscrite, naturellement pré-enregistrée dans l'organisme. Elle coule comme le sang, du rouge de la conquête et de la victoire.
Je ne suis que sombre. De ce rouge oxydé qui vire au noir. Gâté.
Chaque ravitaillement est un prétexte. Chaque démarrage est une épreuve. Je repars en pensant au prochain arrêt. Ma course n'est que fragment de fractionnés. Tu le vois. Tu lis. Comment? C'est si troublant lorsque je m'arrête. Tu poses une main sur mon épaule et me conjures de continuer.
Ce sont des choses qui arrivent. La fatigue, la crampe, le classique mur du 3/4. On encourage, on tape  l'épaule en passant, mais on passe. C'est qu'on a un chrono à tenir tu sais, et je suis bien la première, sur route, à ne penser qu'à moi. J'ai bossé, coureur concurrent. Penses-tu que je vais te laisser une place au soleil! Tu crois quoi? Ralentir une seconde, c'est perdre du temps. 
C'est perdre du temps.
Je voudrais te le dire: Ne perd pas de temps Nicolas! File. Oublie moi. Oublie la loque. Elle rentrera en marchant. En coupant par le bois. Pour que personne n'ait à voir l'illustration parfaite de la défaite.
Tu n'insistes pas et c'est dans tes silences ponctués de regards confiants et amicaux que je retrouve la force de relancer.
Tu restes à ma hauteur. Me laisses à mon labeur, Tu pars devant, parfois et je vois bien au fond, que tu attends. Discret. Tu as branché un mouchard? C'est ça! Tu as collé un mouchard sur mon épaule. Chaque pensée négative est court-circuitée par un encouragement. Même quand tu es plus loin devant. Comment tu fais Nicolas? Je veux dire, comment tu lis tout cela? Suis-je si transparente à cet instant? Tu distilles les mots justes. Tu analyses mes respirations. Tu décryptes ma foulée. Patiemment. En ami. En frère. En thérapeute presque. En Humain.
" Tu es une grande coureuse Sophie. Superbe foulée. Quel travail! Tu peux continuer. Continue. Tu dois avoir confiance. Pose ton lourd bagage. Oublie le reste. Ne pense pas Sophie. Tout ce que tu réalises est grand. Tout. D'accord Sophie? Allez, suis moi, on continue! "
Tu lis en moi. T'es-tu rendu-compte de cela Nicolas? Je ne te connais pas, mais tu sais.
Je suis incapable de parler. Au kilomètre 30, en pensant à tout ce qu'il me reste à courir, je panique. Sur-ventilation. Je suis un moteur en perdition. Une mouche fauchée par les pales d'un ventilateur, je suis un râle, un noyé, un atome au coeur du réacteur. Je suis happée par le gouffre que représentent ces 12 kilomètres restants, paniquée par le constat de ce temps qui roule à une vitesse vertigineuse, me laissant collée à la paroi, écrasée par la force centrifuge de ce marathon qui m'écrase la tête et me broie les jambes.
Alors tu restes là. Encore. De tes mots qui n'attendent aucune réponse, tu calmes la tempête. Sur tes conseils, pour la première fois sur une course, je délaisse mon chronomètre. 
Je ne sais pas comment je cours, mais j'avance. Nous passons les chemins, arrivons sur la route. Ton fils à vélo, et à ta demande, exhorte les spectateurs à m'encourager. Je suis submergée de gratitude. Si physiquement je ne suis que ruines, j'ai tout un printemps qui germe sous le crâne. 
10 kilomètres d'Humanité simple et belle. Je ne cours pas. Je sauve mon monde. Je largue mes amarres  et je rame, suivant le fil d'Ariane que tu as tendu, guidée par l'écho de ta foi, égrainant la litanie de mes amis qui attendent au bout du fil, l'annonce de ma nouvelle performance.
Je traine un mur. Brique après brique, je démonte la muraille. Je cours avec la tête, cogne en dedans. Apnée. Arrêt respiratoire. Goulée, reprise. Arrêt. Apnée. Reprise.
Tu me donnes l'ordre. D'un sourire, presque triste mais si confiant. Tu me donnes l'ordre de filer devant, et d'un soupir je promets.
Au détour d'une boucle, juste après le chai, tu encourages encore. Je dois te sembler si triste. Si pauvre, si laide, accrochée à ce radeau que je fais avancer à coup de carburant solidaire.
L'arrivée s'éloigne à mesure que diminue l'amplitude de mes foulées. Je double une féminine, qui me semble si fluide, et qui s'évanouira de façon assez spectaculaire sur la ligne. Je n'ai pas ton pouvoir de lire dans les âmes.
Je grimace. J'ai mille ans quand j'arrive enfin et que j'accorde un regard à ma montre.
Il y a maldonne. Erreur. Un je ne sais quoi qui a déraillé dans le chrono qui s'affiche.
J'ai marché, tellement. Rampé, souvent. Expiré tant et tant. Et pourtant...
J'attends avec anxiété ton arrivée. Je mourrai de ne pas pouvoir te remercier!
C'est toi, encore, qui m'appelle.
Je parle enfin, me livre un peu. Tu écoutes encore, comprends, ne juges rien, portes un regard bienveillant sur mon petit moi, saupoudres ma vie passée, présente et future d'éclats de beau, répètes à quel point ma performance est belle et combien au fond, tu admires le simple fait que je sois restée debout, alors que de toute évidence, mon corps et mon âme avaient renoncé depuis longtemps.
J'ai couru Cheverny. J'ai couru pour moi, pour ponctuer une préparation offerte et travaillée avec passion. J'ai couru pour l'honneur. J'ai avancé par honte, continué pour essayer. J'ai trainé un peu, pour voir. Pour ne pas que tu perdes du temps! J'ai repris confiance, dis pourquoi pas. Admis qu'on pouvait délaisser l'idée même de performance et qu'il était bien plus difficile d'accepter de faire moins bien. Alors j'ai couru pour moi. Enfin. Définitivement. Pour la suite, pour ta main tendue pour rien. Et pour demain.
Je perds quelques secondes sur mon meilleurs temps sur marathon.
Autant dire rien.
Je gagne une leçon d'humanité. Je m'enrichis d'une montagne d'humilité, d' un souvenir lumineux, d' une histoire, encore une, simple et pure.
Combien de fois merci Nicolas, pour cette route. Combien de gratitude. 
Courir est un poème, un roman d'aventure. C'est une scène de théâtre où se jouent comédie et tragédie. 
Un marathon, c'est une douce agonie qui se ponctue de mille soleils. 
Que ta route et celle de tes précieux tiens soit belle Nicolas.
Je voulais te dire. 
Le mental n'est rien.
Sans un souffle bienveillant."











Cheverny
3h24'48"
7eme F/ 5eme FV1
* Beaucoup plus de mordant et de fun dans les compte-rendus de ces trois marathon. Promis !


mercredi 24 février 2016

Walking head

L'air est frais. Il a la couleur éclatante des jours où tout est possible. Je ferme les yeux. Tends le visage vers l'à venir. Je dis bonjour à n'importe qui, j'ai vingt ans de moins. Invincible et conquérante.

Les gris amoncelés heure par heure sur la ligne sans horizon de la nuit éclatent bruyamment en pluie. Il y a course aujourd'hui. Je me persuade de l'envie. Rassemble les mouvements sans allant qui porteront mes pas vers l'asphalte terne et mouillée d'une journée brouillée.

Je ne suis que blancheur. Rire en bandoulière, je m'aligne là, tout devant. La semelle me démange. Montée sur coussin d'air je souffle à qui veut entendre que la journée sera belle. On me dit que je suis trop sûre de moi. Mais il est bon de l'être, parfois. L'âme est si imprévisible, tu sais, il faut chanter quand on a de la voix, de peur de regretter un jour soudain, de vivre suspendue à un soupir.

Je suis déjà en retard. Semelles de plomb, le lacet se défait aussitôt attaché et le ventre se tord sur une pelote bien serrée. Lève la tête. Ferme les yeux et regarde un peu ! Quelle indécence de se morfondre ! Personne ne t'oblige, mais tu aimes ça, tu sais ! Le brouillard de tes pensées ne sont qu'une basse excuse à ta flemme ridicule. Aurais-tu peur, fillette ? Compétitrice sous conditions. Brillant.

Je vais vite, je sais. Trop vite, je sais ! Je sais je sais, je voudrais même aller plus vite tu sais! Ils souffrent déjà, les gens. Je souffle déjà, si régulièrement. Je flotte et me fie des kilomètres. Ils s'égrainent au rythme du tempo de la foulée. La pensée vagabonde, elle retient les disparus, fait courir les anges, répare les vivants, soigne les blessures et va de l'avant.

Ça bouscule. J'ai un peu peur. Tout ira vite. Débarrasse toi. La route poisse, les coudes heurtent. Je pousserais bien. Et toi ! Tu veux que je t'aide à prendre toute la place ? Va faire un tour dans le décor, tu entaches ma mauvaise foi. Je peste si je veux. Mais qu'est ce que je fiche là. C'est moche et gris. Et ce troupeau? Il rime à quoi?

L'âme se détache. Regarde le corps qui déroule sans peine. Respire. Profite. Tu as travaillé n'est-ce -pas? Le voilà ton résultat! Sois fière. Ne va pas trop vite. Si. Va, file, file! Le bonheur tu sais, ne se rattrape pas. Il se créé de l'instant. Enferme le dans ta mémoire, pour le ressortir à l'automne des sentiments. Je suis acteur-spectateur d'une évanescente idée du ciel. Je suis volonté et rêve, maîtrise et fantaisie. Tête et corps conjuguent l'action en un troublant unisson frisant la perfection de l'acte. Je cours. Et c'est simple. Voila. C'est aussi simple que cela.

A t'on jamais vu pareil tracé! Mais qu'est ce que j'ai? Trop de piste. Ou pas assez. Pas assez. Mais oui passez! Sont ils donc pressés. La course au podium. Ridicule quête. Et ces gens sur les bordures, se croient-ils donc à la fête? Je souffre tant. Et ce ne sont pas les jambes. C'est dans la tête. Et je bataille, corps et âme, pour chasser ce spleen qui me fera choir.

Concentre toi maintenant. Ne t'emballe pas! Ta volonté est sous tes pas. Je la porte en moi, depuis le départ. Elle était dans mon sourire, et bien avant encore, à l'entraînement. Le résultat ne sera qu'une gourmandise, une signature sur mon plaisir. Un petit caillou blanc rajouté sur le cairn de ma vie. Je suis victoire.

Je n'y arrive pas. Ce ne sont pas les autres. Ne cherche pas d'excuses. Tu n'y arrives pas. Arrête. Ça t'avance à quoi. Black-out. La tête ferme brutalement le flot de l'envie. Tu ricanes. Grinçante. Traîne des pas visqueux sur une course avortée. Le regard plongé dans la glaise du bas-côté j'évite de montrer à l'autre le ridicule déshonneur qui trempe le bord des yeux et modèle la face d'une terreuse grimace. Je suis échec et culpabilité. Fatigue et nervosité. Je suis abandon.

Sur un bord de terrain, le lendemain, Victoire et Abandon se toisent.
Pleutre! 
Prétentieuse!
Se taisent un instant. Chaussent. Dérouillent les muscles froids. Déroulent leurs gammes.
Abandon regarde droit. Victoire regarde Abandon. Fait un pas de côté. Se cale à la corde, dans sa roue.
Souffle.
J'ai besoin de toi abandon. Tu sais.
Et de concert. Filent.

Marathon de Lyon. Octobre 2015. Victoire en 3h 23
10 km de Foëcy. Février 2016. Abandon après 4,55 km.



jeudi 5 novembre 2015

La Blonde et la FFA. Ou comment j'essaie de traduire une règle compliquée avec des mots simples.

Le truc s'est passé à Lyon. Au marathon de Lyon. Celui que lablonde, enfin, la-presque-blonde-avec-du-fil-argent-dedans, a couru il y a quelques semaines.
Ça s'est plutôt bien passé pour elle. Faut aller lire le topo ici. La balade était assez sympa, et le truc cocasse, c'est que la fille, venue de rien, elle a presque failli tutoyer le podium.
Presque.

Bon, tu vas me dire. Le niveau n'était pas des masses élevé pour un marathon de cette ampleur. Much ado about nothing pour les grands de ce monde d'athlètes, et c'est un brin dommage parce que sincèrement, ce tracé là il est bien roulant comme il faut, avec des autoroutes pour piquer une pointe et une jolie ambiance dans une très chouette ville.
Au final lablonde-argentée est arrivée 4ème féminine.
Alors bon, elle arrive 4 ème, ok, elle jubile quand même vachement et puis rentrée à la maison, avec sa belle médaille son vilain t-shirt et ses maigres courbatures elle va zieuter son joli diplôme ASO, histoire de bicher un peu devant ses mômes et là, bah c'est Noël : Le classement est formel : 3ème féminine !

Elle tourne le truc dans tous les sens, interroge son grand gourou d'entraineur du club, interpelle les organisateurs, tweete, hashtague, tague et enquête. Silence.
Et puis un jour, toque à la bonne porte.
La bonne porte s'appelle Jean-Marc, c'est un grand manitou qui travaille à pondre des règlements super compliqués pour un sport qui consiste à mettre un pied devant l'autre pour essayer, éventuellement de gratter son prochain. Un jeu de cours de récré, pour des grands enfants.

-Lablonde : "Bonjour monsieur de la Eféfa ! Dites moi, pourquoi vous m'avez volé mon podium ?!"

-LaEféfa : "Bonjour lablonde. Votre podium n'est pas à vous. Il est aux trois premières arrivées sur la ligne d'arrivée. Logique !"
"Ah, oui mais je proteste, si on prend en compte mon temps de course, je suis bien sur le podium !"
"Eh bé non vois-tu mon enfant. En course, ça a toujours été comme ça, tu peux demander à Hippodomie, Georgette Lenoir, Marie-Jo ou Christelle Daunay, c'est la première arrivée la première servie, peu importe son chrono !"
"Vache. Mais, si la fille elle se pointe première alors que, elle a couru, on va dire, qu'un tiers de la course. Les messieurs du chrono, ils ne la font pas monter sur le podium tout de même ? "
"…Au risque de te surprendre lablonde, si. Mais gare à la grugeuse. Si elle passe une ligne de fin de course avec un dossard et qu'après vérification on lève le lièvre, elle est interdite de séjour sur les courses. Hop, dégagée. Si on porte un dossard, on se doit de courir la distance intégralement. Sinon c'est  tricher. C'est arrivé tout dernièrement à Nairobi, le type, Julius de son petit nom, il est arrivé second en ne courant qu'un seul kilomètre le malin. Bon, ça n'a pas pris, mais il aurait pu monter sur le podium lui aussi ! Quand la grand messe des remises de prix est dite, on ne revient pas en arrière. On déclasse après coup. Et c'est ce qui arrive avec les cas de dopage."
"Et ça arrive souvent que l'ordre du podium ne soit pas le même que l'ordre des chronos ?"
"Ça arrive. Tiens, tout dernièrement au semi de Lille. Très beau niveau. Autrement plus rapide qu'à Lyon. Bon, et bien, le podium n'aurait pas été le même si on avait pris en compte le temps de course réel. Ça se joue en dixième de seconde à ce niveau là. Mais si on prend stricto sensu le chrono de la puce, il peut y avoir des surprises. Mais c'est la règle. C'est le temps officiel qui compte. Enfin. Pas pour tout le monde !"
"… pas pour tout le monde ?! Attend, je branche des neurones. J'ai du mal à suivre avec cette histoire de temps réel et de temps officiel moi !"
"Ok ok, je te l'accorde, c'est un chouille compliqué…
Quand tu t'alignes sur une course, il y a une puce sur ton dossard. Ok ?"
"bon. Oui, merci pour l'info. Blonde mais pas que !"
"Ok. La puce se déclenche quand tu passes la ligne de départ. Elle enregistre toute ta course et s'arrête au moment où tu poses le pied sur la ligne d'arrivée. Magique."
"on n'arrête pas le progrès. Ça doit super faciliter les choses pour dresser le classement en temps réel !"
"En temps réel. Tu l'as dit ! La puce enregistre ton temps réel de course. Le temps que tu as mis exactement pour parcourir le kilométrage imposé. Avec les lignes intermédiaires, on sait exactement à combien tu es passée aux 10, au semi, aux 30…"
"Ouais, carrément, j'étais pas mauvaise hein ?"

"…Mouaif. A ton niveau de IR4 si tu veux !"
"Hier quoi ? Pose et démêle veux-tu monsieur Eféfa."
"C'est un peu long. Mais c'est important. Il y a plein de classifications. Elles sont internationales IA et IB, Nationales N quéqu'chose, Inter-régionales IR - toi !-  Régionales R toutcourt et Départementales…"
"…D !"
"Bingo. Avec des niveaux de 4 à 1 dans les N,IR, R et D. Bon. Comme on parle de marathon on va rester là dessus, sinon on y passe la semaine. Y'a pas très longtemps, deux ans, on a décidé avec les collègues de réglementer les courses de plus de 1000 participants. Exemple, le marathon de Lyon.
On a dit, bon. Y'a les coureurs lambda. Et puis il y a les coureurs classés."
"Heu… C'est pas sympa de faire des paquets comme ça moi je dis, c'est pas très fair-play. On est tous des athlètes, no pain no tartine, Just do it, Forever sport et toussa toussa !"
"Et deviens ce que tu es, Nike ta mère en baskets et caetera Voilà. Cours Forrest, pour te classer…ou pas !"
"Bon, je te l'accorde. Alors. les classés et les déclassés ou pas classés. A part la vitesse, c'est quoi la différence ?"
" Les classés mais pas tous !"
"ça devient relou là"
"Les classés, depuis IA, les meilleurs, jusqu'à IR4, les moins bons"
"Oh, ça va hein !"
"Les moins bons du paquet classé ! Jusqu'à IR4 inclus, donc, on va prendre en compte leur temps officiel. Et pas leur temps réel. "
"Le temps officiel, c'est bien celui du départ de course ? Le premier départ de la première vague de départ de course. Le "Pan", le coup de canon, la trompette, le Hue dia quoi ?"
"C'est ça. Le chronomètre officiel, c'est celui qui galope depuis le coup de pistolet jusqu'au dernier arrivé. C'est le gros chronomètre que tu vois au dessus de l'arche d'arrivée du marathon. Le même qui est perché sur la voiture qui devance les élites de la course. C'est le chronomètre officiel. C'est celui-ci qui sera retenu pour toi et tes petits camarades classés. Pour tous les autres, on prendra en compte le chronomètre de leur temps réel de course."
"…Vachte ! Mais. Mais. Tu entends ce que tu me dis là ?! Mais c'est du pas juste du tout ça ! Et puis je t'arrête tout de suite. Moi, je n'étais pas classée en arrivant au marathon de Lyon. Vous me sortez ça de rien, et juste parce que vous avez décrété que j'étais IR4 que j'ai même pas demandé, vous me rajoutez des minutes sur mon chrono. Je m'excuse mais merde, pas classée, temps réel. Tu vois, j'ai bien tout compris. Hé ! Y'en a là dedans !"

"…Classée. C'est ton chrono réel au marathon de Lyon qui t'a classée IR4. Pour les femmes, il faut faire un chrono entre 3h 32 et 3h 24 pour rentrer dans cette catégorie. C'est ce que tu as fait !"
"D'abord j'ai fait 3h 23' 53". J'suis IR3. Toc."
"Tu chipotes. Tout à l'heure tu ne voulais pas être classée faut savoir !"
"C'est pas simple à la FFA dis donc."
"C'est encore moins simple que simple, c'est moi qui te l'dis, on s'est fait des sacrées séances de capilotractage à la fédé. Personne n'était d'accord, et les infos ne sont pas remontées dans les clubs encore à l'heure actuelle ! Ça fiche une sacrée pagaille. Des cas comme toi on en a quelques uns. Mais uniquement chez les filles !"
"Ah, v'la autre chose ! Qu'est ce qu'on a fait en-co-re ?"
"Pour comprendre il faut que tu saches que pour accéder à la même catégorie que la tienne, un mec doit faire un temps au marathon vachement plus balèze, à savoir entre 2h 40 et 2h 44 !"
"Ah oui, quand même…"
"C'est ça. Les mecs IR4 ils partent donc tous en tête de course. La question ne se pose même pas ! On a jamais de problème. Alors que les filles, bah, même en étant IR4, elles ne peuvent souvent, sur les gros marathons, pas accéder au premier sas de départ, celui qui part donc au coup de pistolet. Celui qui part au temps officiel. Et pourtant, c'est bien ce temps là qui va les suivre !"
"Insurrection ! Terrorisme patriarcal !"

"…Si tu veux faire 2h40 vas-y hein ! Je te rassure, ton chrono réel il existe, il est à toi, tu as réellement fait 3h 23'53", tu pourras t'en servir pour accéder à un sas 3h 15 sur le prochain marathon! Mais sur le site de la FFA nous prenons le temps officiel, c'est comme ça"
" Alors, je t'arrête tout de suite, si tu veux mon temps officiel, il est exactement de 3h 38' 53" puisque je suis partie 15 minutes après le départ officiel. Et bing. Tu le sors d'où ton 3h 32 là sur ton classement ? Et puis oh, on ne me la fait pas moi, on est quand même 10 féminines en 3h 32 sur le classement officiel FFA de Lyon, c'est pas un poil comique ça ? "
"Respire. C'est là que ça se complique"
"t'es un marrant toi…"
"On n'est pas des tortionnaires. Chez les filles, en effet, il arrive très souvent que le chrono officiel soit trop important par rapport au chrono réel. Dans ton cas c'est vraiment flagrant !"
"…Oui merci j'avais vu, tu sais combien il faut en faire des tours de piste en amont pour gratter 9 minutes sur marathon ?"
"Non, j'ai jamais fait de chrono. Bon, revenons au sujet. Dans un cas comme le tiens, on va prendre tout le paquet de coureuses qui a fait un temps réel IR4 et on va les ramasser en un unique chrono, celui qui ouvre la catégorie, à savoir 3h 32 ici. Mais on va les classer dans l'ordre du chrono réel, donc, dans le cas du marathon de Lyon, c'est bien toi qui est en tête."

"Mais c'est l'hallu votre règle ! ça veut dire qu'un coureur qui réalise 3h 34, il sera classé FFA avec son chrono réel et que moi, classée IR4 je vais être rabaissée à 3h 32 soit 2 minutes de moins que lui alors qu'en réalité j'ai couru 10 minutes de moins que lui !!? Et qu'en plus, cerise sur le gatosport, je dégringole d'autant dans le classement !"
"J'avoue. C'est un peu le problème. Mais on a tourné les choses dans tous les sens et on n'a pas trouvé de solution plus juste. Les féminines dans ta catégorie, c'est à dire 10 à tout casser sur un gros marathon, vous êtes un peu les sacrifiées. Pour être justes pour les élites et justes pour la grande majorité des coureurs, on a dû créer un ventre mou.."
"Ventre mou mes fesses. Je fais de la PPG vois-tu"
"…Une zone flottante qui serait un peu défavorisée. Surtout dans les courses à départs par sas bien-sûr. Il faut que tu partes impérativement en tête !"

" Oui mais sur les grands marathons on n'a pas le choix ! Impossible à Paris de me placer en tête ! En plus de ça y'a toujours des p'tits malins qui engorgent les sas de tête histoire d'arriver plus vite à l'apéro ! Je vais devoir me mettre dans le sas 3h 15, soit un départ 5 minutes après le départ des élites. J'aurai quoi qu'il arrive 5' de plus sur mon chrono retenu par la FFA, juste parce que je suis classée ! Merci bien ! Et on peut être classé sans être affilié ?"
" Pas la peine de quitter la famille pour ça Lablonde, même les non affiliés sont classés. Et puis ceux qui veulent prendre l'apéro il faut qu'ils respectent les règles! Mais ça c'est du ressort de l'organisateur pour le respect des règles de départ. Ils ne savent certainement pas qu'ils perturbent des coureurs qui ont un enjeu de chrono ! Effet de masse, encore ! Peut-être font ils aussi moins attention à leur classement FFA voilà tout. toi il s'enregistre automatiquement dans ta fiche et en plus chacun de tes résultats donne des points à ton club…ou pas: Sacrée pression non ?!"
"Mais, vous êtes un peu couillons à la FFA non. Autant de sas autant de départs officiels, c'est pas sorcier avec le tout numérique maintenant !?"

"Merci bien on y a pensé ! C'est même ce qu'on voulait ! Mais impossible de faire passer ça. Pour deux raisons bien simples: D'abord les grosses machines qui organisent les marathons de masse n'ont pas voulu. trop compliqué. Et puis surtout, on veut de la compet, du mordant, des coureurs qui s'arrachent, on veut du spectacle et de l'image ! Et puis que tout puisse s'enchainer tout de suite. Les médias sont là, il faut un podium, il faut des premiers sans attendre ! Tu imagines si on doit attendre le dernier arrivé du dernier sas pour être sûr de bien classer les gens ? Et si un petit N1…"
"…Un nain est forcement petit. lapalissade"
"N 1 comme National 1, s'amuse à partir tout derrière, on fait comment pour le classer après ?"
"Ventre mou, tant pis pour le malin nain"
"On ne joue pas à ça avec un N1 Lablonde. Ce que je veux dire c'est qu'il y a de nombreux paramètres à prendre en compte, et que pour compliquer tout ça, il y a les exigences des organisateurs. Un beau mélange explosif ! Mais nous avons besoin d'eux et ils ont besoin de nous."
"Alors il faut que je fasse quoi moi, pour sortir du ventre mou ?"
"Un petit marathon. Où tu es certaine de partir devant. Si tu tiens à ton chrono officiel bien-sûr. Parce que ton temps, il est à toi. Et personne ne te l'enlèvera. Et puis n'oublie pas. On est tous des athlètes ;)"

Un immense merci à Jean-Marc élément clé de la Commission Nationale des Courses Hors Stade de la FFA qui a passé du temps à répondre à mes questions de blonde concernant le classement sur les courses de fond hors stade. J'espère avoir démêlé tout ça correctement.
J'espère également qu'il ne m'en voudra pas de ce ton frisant la familiarité, on n'a pas levé le coude ensemble, mais je prends note de son invitation à courir dans la Drôme. Parait que là bas, y'a pas de sas.
Peace and love…Mais en baskets !

Pour ceusses qui ont encore des yeux et un peu de temps en rab, Petite histoire amusante des femmes en athlétisme au cours de l'Histoire ici: Clic !  :) ça vaut son pesant de Gel énergétique !

mardi 27 octobre 2015

Parce que Lyon, sans Laurent, n'aurait pas pu être totalement LE marathon qu'il fut.

Mon Marathon de Lyon.
Compte rendu de Laurent, mon lièvre surprise.

LE MARATHON DE SOPHIE
Récit d'un chrono annoncé et pulvérisé à Lyon

Cette aventure commence bien avant le jour J de la course.
Mais à quelle date précise ? Peut-être le jour du dernier pique-nique Run In Toulouse, le 26 juillet 2015 à la Ramée.
Je pense en effet que ce jour là Sophie m'a annoncé sa prochaine course : "Je fais le marathon de Lyon le 4 octobre", suivi de "Mon objectif est 3h30 !".
Il n'en faut pas d'avantage pour que germe immédiatement l'idée de venir l'accompagner dans ce challenge, tout d'abord parce que j'adore faire des surprises, et je me dis qu'un encouragement est toujours bienvenu pour relever un défi !
Etre originaire et avoir de la famille dans la région Stéphanoise, toute proche de Lyon, simplifie la logistique.
Mais venons-en à ce w-e de folie.
Départ de Toulouse samedi à 7h30, arrivée chez ma mère à Firminy (lieu de ma naissance dans la banlieue de St- Etienne) à 13h, eh oui : 5h30 de route.
Un peu avant 20h, j'appelle Sophie afin de l'encourager pour le lendemain, elle se prépare bien sûr un plat de pâtes tout comme moi, mais je me garde bien de le lui dire.
D'ailleurs elle me demande "Et toi, tu as prévu quoi ce w-e ?", et moi de répondre un brin menteur "Rien de spécial", alors qu'une heure de route m'attend pour un départ du marathon prévu à 8h30.
Nous voilà dimanche, lever à 6h du mat, puis départ direction Lyon à 6h40 avec 10 min de retard, une erreur de route me fait perdre 15 min supplémentaires.
Je décide de me garer à la gare d'Oullins, où je peux prendre le métro, il est déjà 8h, heure à laquelle je pensais retrouver Sophie avant qu'elle ne prenne le départ, je suis grave à la bourre !
Sortie du métro place Bellecour, et me voilà faire le tour de la place en courant pour trouver le bon sas de départ, en guise d'échauffement.
j'arrive enfin sur la ligne de départ quelques minutes seulement avant le coup de pistolet, je cherche Sophie désespérément, en vain, trop de monde : plus de 12000 personnes, marathon et semi confondus.
Ce n'est pas grave, puisqu'il y a des départs par vagues, je vais tranquillement attendre celui du sas 3h30, je me place à quelques centaines de mètres presque en bout de ligne droite.
Il est 8h30, le départ officiel est donné, les élites s'élancent... puis 5 min après le sas 3h15...
et enfin à 8h40 le sas qui m'intéresse particulièrement.
J'aperçois très vite Sophie, presque en tête de peloton, facilement reconnaissable avec son t-shirt Errea, sa petite jupette, et sa casquette vissée sur la tête ;-)

Je m'incruste dans la foule de coureurs, arrivé à ses côtés je lance :
"Coucou Sophie ! Ca va ?", elle tourne légèrement la tête et pousse un cri d'étonnement, j'ai l'impression que la surprise est telle, qu'elle va s'arrêter.
Après quelques secondes de réaction,
Sophie : "Mais que fais-tu là ?"
Moi : "Ben, je viens courir avec toi."
Sophie: "Mais tu es fou !", tout en me donnant une tape amicale.
Dans la foulée, je lui souhaite bon courage et lui dis que je la récupèrerai plus tard.
Elle me dira après la course qu'elle n'avait pas tout compris à ce moment là, et pensait que j'étais inscrit sur le 10 km, mais non, je suis bien venu pour son marathon, pour la soutenir, l'encourager, mais je ne sais pas encore que
cette course du 4 octobre 2015 restera gravée dans notre mémoire !
Un petit tour de métro pour rejoindre la course au cimetière de la Croix-Rousse, le flot des coureurs est dense, j'aperçois à nouveau Sophie, je prends sa foulée juste devant le panneau des 15 km, c'est parti pour 27.195 km de plaisir !
Moi : "Ca va ?"
Sophie : "Oui"
Moi : "Tu es un peu en avance !"
Sophie "Oui"

Je comprends très vite qu'elle est, comme il se doit, concentrée sur sa course, je respecte donc son silence, je ne suis pas là pour la perturber, bien au contraire.
Après seulement 1 km nous entrons dans le tunnel de la Croix-Rousse, presque 2 km sans signal GPS, un silence étonnant nous entoure, avec des projections lumineuses sur les murs, il faut que j'immortalise cet instant, je galère pour trouver mon portable dans le camel bag.

Il fait assez chaud, d'ailleurs le contraste thermique est saisissant à la sortie du tunnel !
Nous poursuivons le parcours, pour attaquer le tour du Parc de la Tête d'Or. Passage au semi en 1h41, pas moins de 4 min d'avance sur l'objectif !

Et petit à petit, la connexion avec Sophie s'établit, cette partie est très belle mais je lui indique de prendre garde car le sol est jonché de marrons.
En ligne droite, j'aperçois une coureuse, je me doute que Sophie est bien placée, au regard des résultats de l'année dernière, je dois donc le lui signaler.

Moi : "Fille droit devant à 100m !"
Sophie : "Ne me mets pas la pression"
Moi : "Ok, continue sur ton rythme, tu as le temps..."
Peu après quelqu'un lance " Bravo, 4e féminine !".
Sophie est stupéfaite, puis très vite incrédule, je sens à sa réaction qu'elle n'ose y croire, j'imagine lire dans ses pensées : "Non, ce n'est pas possible !".
Plus loin d'ailleurs, sur la confusion d'un autre supporter qui lui crie "5e féminine", elle réagit :
"Ah, il ne faut pas rêver !".
Puis un déclic imperceptible se produit, portée par les encouragements Sophie prend conscience qu'elle a un coup à jouer, et si le podium était vraiment à sa portée !
Elle entame alors sa remontée, une course poursuite à l'intérieur de la course, elle est plus que jamais déterminée, je le ressens.
Elle avale le parcours à 4'45/km, imperturbable, telle un métronome, je m'inquiète un peu de ce rythme (10s de moins que prévues) car la route est encore longue, ne va-t-elle pas le payer sur les 10 derniers km ?
"Tu vas un peu vite Sophie !", elle se sent bien, alors allons-y… lentement mais sûrement, mètres après mètres, elle grignote son retard sur sa concurrente qui maintient également une bonne allure.
Après plusieurs km, nous arrivons à sa hauteur.
Sophie cache son émotion, il ne faut pas qu'elle tombe dans l'euphorie. Je lui prodigue un petit conseil presque chuchoté pour ne pas être entendu par l'adversaire : "Elle résiste, c'est normal, mais continue à ce rythme, elle va décrocher…"
Le coude à coude va durer de longues minutes, sous les encouragements du public, conscient et admiratif de la bataille qui se joue à ce moment précis, les deux coureuses sont quant à elles silencieuses, focalisées sur l'allure à maintenir. Les kilomètres continuent de défiler puis, inlassablement l'écart se creuse à nouveau mais cette foi-ci à l'avantage de Sophie. Il faut rester concentrée. 
Nous avons ainsi passé le mur du 30 ème kilomètre sans broncher, Sophie ne présente aucun signe de fatigue, je prends alors conscience qu'elle est en train de réaliser un marathon d'anthologie !

Nous traversons le stade de foot de Gerland, sympa... je regarde ma montre, il ne reste que 7 km, mais ce sont les plus durs sur un marathon, si ce rythme perdure jusqu'au bout : le chrono va être hallucinant !!
"Sophie, tu sais que tu es en train de faire un truc de malade !"
Ne réalise-t-elle pas ou reste-t-elle prudente ?

Je jette un œil à l'arrière sur l'adversaire quelque peu oubliée, elle n'est plus là.
Puis une crampe au pied vient la titiller, elle commence à entrer dans le dur, normal vu le rythme qu'elle s'est imposé !
La course continue, voilà le panneau du 40e km, il ne reste donc que 2.195 km.
Je sens que Sophie souffre, un nouveau regard pour apercevoir la féminine à moins de 100m,
"Elle est derrière, elle se rapproche..."

Le scénario s'inverse, l'avance s'amenuise à vue d'œil, un point de côté douloureux devient considérablement gênant, de plus en plus, jusqu'à l'empêcher de respirer et la contraindre à s'arrêter !
Anne repasse devant, moi qui pensais qu'elle ne reviendrait pas, elle est impressionnante de facilité, superbe gestion de course, et quel mental de revenir après avoir été distancée : BRAVO !

Que puis-je faire ? Simplement l'encourager : "Aller Sophie, on arrive, encore un dernier effort !"
Elle repart sans sourciller, l'arrêt n'a duré que quelques secondes, j'imagine que le dernier km va être très difficile. Mais Sophie possède un mental d'acier, elle termine sa course comme si tout allait bien, elle se permet même une accélération sur les dernières centaines de mètres.

La ligne d'arrivée franchie, le chrono tombe : 3h23'53, ENORMISSIME !!!
Immédiatement l'émotion surgit, nous avons tous deux les larmes aux yeux, Sophie me serre dans ses bras, heureuse.
Je pense, certainement avec la fatigue, qu'elle a du mal à réaliser immédiatement ce qu'elle vient d'accomplir, elle prend le temps de féliciter son adversaire à qui je demande son chrono pour connaître l'écart qui sépare Sophie du podium : 3h27 !

Bizarre, Sophie a couru 3' plus vite la 3e féminine !

Vous connaissez la suite, pas de podium mais un chrono phénoménal : 3e marathon seulement et 30' gagnées en 1 an, si elle continue sa progression ainsi, nous serons adversaires sur le prochain
marathon ;-)
Enfin lucide, elle laisse éclater sa joie, elle jubile, saute de partout, c'est génial.

Pour conclure, je tiens tout d'abord à remercier Anke (Anne), car une course disputée n'est que plus belle. Et les échanges continuent, c'est ça aussi le sport, le respect et le soutien des adversaires, c'est sûr ces deux compétitrices se retrouveront...
Et surtout merci à toi Sophie, pour ce bonheur partagé, c'est vraiment TOP de courir à deux, vivre ta course, ton fantastique chrono, ta joie, m'a fait vraiment très plaisir, à renouveler sans modération, j'ai hâte de revivre de telles émotions !

BRAVO Sophie, tu es maintenant une grande marathonienne, et ça ne fait que commencer ! 

jeudi 15 octobre 2015

Un extraterrestre qui suit une étoile

 Positionnée derrière les filles, je cours, tranquille.
Récupération. Dix jours après mon marathon. J'apprends à être raisonnable, patiente. Mesurée.
Je pense cela aujourd'hui. Et je souris.
Les filles débutent. Je suis l'ancienne.
L'ancienne. Tu parles ! 3 ans…
Et je souris.
"Lève la tête. Buste droit ! Regarde ton couloir. A la corde.
Ecoute.
La course à pied est une leçon de musique. Imprègne toi.
Tu entends?
Badabam. Badabam.
Écoute le rythme de ta foulée. Le reste suivra.
Souffle. Sois métronome. Deviens le battement de ton coeur. Rentre dans ton pas.
Tu es ta course. Elle ne commande pas. Moteur et tête pensante. Tu es un tout. Maître de ton tempo."

Je rentre dans ce stade. Un peu miteux. Bord de périf'.
Mais qu'est-ce qui m'a pris !?
Un semi dans quatre mois. Je n'ai jamais couru !
"Tu es du genre à passer en force toi. Non ?"
Je suis du genre. Oui.
Faites ce que je dis. Pas ce que je fais.

"Dieu ! Ils sont partout ces Apollons ! Des tours et des tours. Mais qu'est-ce qu'ils font !?
Je traîne mon coeur en vrac sur les gravillons du grand tour du stade. Mais il mesure combien ce périmètre enfin !? Dix kilomètres au moins ! Je n'en vois pas la fin.
Et cette pointe, là, dans l'omoplate ! Elle se déplace dans le côté maintenant et j'ai les cervicales en vrac !
15 minutes seulement ! Et j'avais dit combien ? 30 ! Suis-je donc présomptueuse !"
Je renâcle, peste, jure que l'on ne m'y reprendra plus.
"Je me fumerais bien une clope. Une seule ! En douce.
Et l'autre qui téléphone. Moi j'arrive même pas à déglutir. Le feu dans les poumons et le coeur qui tachycarde ! Je vais défaillir. Il servira au moins, le beau pompier avec son improbable micro short. Punaise il va vite l'animal !"

J'ai couru mon semi.
Découvert un monde. Un joli monde. Fait de plaisir et de volonté mêlés.
Course après course, chronologie de buts à atteindre.
Avec exactitude programmer sa sortie. Lancer le timer. Et rentrer dans le rythme.
Indicible plaisir. 
Quand les cases programmées, minutieusement se remplissent, sortir le nez au vent.
Bord de mer, chemins de randonnée. Autres sensations et autre plaisir. Se sentir "facile" parce qu'en amont, les gammes sont respectées.
Montées et descentes sur le clavier. Vite. moins vite. Toujours plus vite. Un peu moins vite.Vite. Vite et vite encore. Pour mieux improviser quand change de décor.

"Oui, mais toi tu as les capacités pour !"
La capacité ça se travaille.
Bien sûr je n'ai pas de blessure.
Ma démesure est calculée. Je freine mes ardeurs, calcule mon élan. Renonce à contre-coeur pour mieux savourer ensuite. Fais passer les feux au vert à force de volonté.
Préparer. A la lettre. Ne pas en faire trop. Bosser. Juste. Mais bosser bien.

Lorsque les jours, enfilés un à un, durs parfois, décourageants, tout envoyer bouler ! Tu le veux ton tempo ?! Tiens je t'offre une valse à trois temps ! Tu veux te cogner? Fais ton impatiente, et tu la danseras ta gigue ! Lorsque les jours, alignés, aboutissent enfin.
Se lancer dans sa course.
Et laisser faire.

Elle est faite de l'allure, répétée si souvent. Construite de l'endurance, entrée dans les jambes à grands coups de 400 tenus à bout d'haleine. Elle est construite de tactique. Courir est un jeu. Damer le pion. Ou échec. La course sur route est réfléchie. Tracée par avance. Planifiée, ordonnée. Il n'y a qu'à suivre.
Un marathon, c'est 35 kilomètres d'échauffement. 7,195 de course contre soi même.

Et puis. Peut-être l'as tu méritée, arrive la course parfaite.
Je pensais qu'être bien, tout le long, suffisait.
La course parfaite est faite de l'imprévu d'une course dans la course.
 La course parfaite est une compétition.
Je pensais que cela n'arrivait qu'aux têtes.
Silencieusement, kilomètre après kilomètres, sortir de sa confortable cadence pour rentrer dans le mouvement de celle qui te devance.
Secrètement capter le son de sa foulée pour s'en imprégner.
Le temps se suspend. Les minutes cognent en sourdine. Elle te sent. Imperceptiblement accroche la seconde supérieure.
A sa hauteur, réguler son souffle. Un peu bluffer. Tu vois, je suis facile. Et tu n'en mènes pas bien large au fond.
Trouver le fragile équilibre qui tiendra le reste de la course. Longue encore. Puis passer. Se décaler un peu; Le tempo est si précis que lui faire faire un pas de côté t'offrira, tu le sais, une fraction de seconde de chance de la fatiguer.
Prendre le risque de ne plus s'arrêter. Croire la partie jouée. Toucher la clameur, y croire encore. Presque.
Et, impuissante, la voir gagner.
Partie de poker.
Elle bluffait.
Arriver ensuite, échanger un regard et hurler tout de même du bonheur commun à tous les marathoniens.
Jubiler enfin.

Nous refaisons la course. Mail après mail, dévoilons des morceaux de nos vies. Points communs. Bien sûr elle est plus posée. Mais tout aussi mordante.
" Tu es un extraterrestre qui suit une étoile" elle me dit.
Et je rougis.
Nous nous retrouverons. Après avoir refait nos gammes. Patiemment. Sans précipitation.
Au bout de la piste un marathon pour aligner les pions, quais de Rhône. De Garonne peut-être. Ailleurs pourquoi pas. Elle prendra sa revanche sur son chrono. Peut-être. Je prendrai ma revanche sur mon classement. Eventuellement. Et quoi qu'il advienne, je le sais. 
 Rejouer encore
à la course parfaite.

A Anke.

Berges du Rhone.
30 ème km environ.
A couteaux tirés. 
-Au bas mot ;) -

vendredi 9 octobre 2015

Gône with the win(d) - Marathon de Lyon -

J'ai sprinté 500 mètres. Enfin. Appelons cela sprinter. Pour la rattraper. Essayer. Un sprint à 4' 40, c'est une accélération de mauviette. Pas assez pour franchir la ligne d'arrivée en troisième position. Assez pourtant pour ponctuer ce qu'il convient d'appeler
Un marathon d'anthologie

3 ans de course à pied. 3 ème marathon. Je prépare 3h 30.

Comme pour Toulouse il y a 1 an, puis pour Paris en avril dernier, je rentre dans mon objectif de chrono 3 mois avant le coup de starter.
Cette année je décide de me licencier. D'abord pour m'imposer des horaires de sport, ensuite pour ne plus courir seule, enfin pour avoir à disposition une âme assez charitable en la personne d'un entraineur, pour me botter les fesses et cadrer mes ardeurs de coureuse freelance.
Le mois de septembre est éprouvant. Epouvantablement éprouvant.
On ne choisit pas l'heure des difficultés, des peines et des drames. On choisit juste de les surmonter.
Je les enjambe. J'ai deux objectifs. L'un est professionnel, l'autre sportif. Je ne les laisserais pour rien au monde sur le bas-côté.
A raison de 10 heures de labeur par jour, 7 jours sur 7, d'un plan d'entrainement marathon suivi à la lettre et de 6 heures de sommeil par nuit, je tiens la route, plus galvanisée encore, à mesure que se rapprochent mes deux échéances tant travaillées.

Réveillée à 6 heures pour déjeuner, j'ai dormi comme un bébé chez des amis adorables qui m'accueillent à deux pas du départ… 9 heures de sommeil. Un luxe que je ne m'offre plus depuis des mois. 
Mes gestes sont posés. Silence et précision du rituel.
Je me prépare à une longue promenade dont je me régale par avance.
Lyon. La ville de mes 20 premiers Noëls.
Départ de la presqu'île. Lieu de mon baptême. 
20 années sans y retourner. Je veux voir, humer, sentir, me retrouver en enfance, courir sur ma terre maternelle. Je viens embrasser une aïeule. Elle me le rendra bien.
Je me faufile par la place Antoine Vollon. Un oeil jeté aux fenêtres du grand-salon. Celui qui abritait l'immense sapin et la crèche Provençale de grand-père. Douces années des cousinades.
Je piétine le temps d'échanger deux mots avec la meneuse d'allure des 3 h 30. Bon, je lui dis, c'est simple, vous me laissez filer et vous ne me rattrapez jamais ! Humeur joyeuse des départs de courses. Nous laissons partir les élites que nous voyons quasi instantanément débouler de l'autre côté des quais à un train d'enfer ! 
Sas rouge. Jaune. Léger échauffement où le voisin cogne du coude et du genou en riant. Index sur la montre.
Sas bleu. 8h 40.
Libération.
C'est au moment où après un dernier regard circulaire je décide de me fermer sur mon tempo qu'il surgit.
Laurent. Le lièvre du trail Urbain. Le meneur Toulousain que je n'ai pas su suivre sur mon dix foireux.
Laurent. Venu de tout la bas. Par surprise.
" Tu crois pas que tu allais le faire toute seule ce marathon, non ?"
Je suis hilare, euphorique, pince moi je rêve, à peine le temps de réaliser et il sort du rang en me jetant un "va, je te rejoindrai vers le 10 ème km".
Je traverse la Saône, encore éberluée, sans trop savoir si j'ai bien compris le comment du pourquoi mais je referme mes pensées sur cette douce impression de commencer une histoire de marathon un peu hors du commun… 
Les quais me regardent rouler sur mon tempo millimétré. 4' 45. 10 secondes de plus que ce que j'avais convenu. Mais les jambes décident seules et le martèlement des semelles sur la chaussée me berce en un rythme qui ne se discute pas. 
Du monde, un peu. Comme les enfants sur l'autoroute, je joue à deviner l'histoire ou la destinée des bolides qui me dépassent. On devine les gens à leur façon de courir. Il y a les pressés. Les anxieux. Il y a les blessés. Les ambitieux et les sérieux. Et puis il y a les plus lents, parfois, qui sont partis dans un sas trop rapide pour eux, et qui oscillent au passage des dragsters. 
Les coureurs du semi se mêlent aux marathoniens. Difficile de se situer. Je suis le flot et je savoure les conditions météo idéales du jour. Pas un souffle. Ni trop froid, ni trop chaud. Thermostat réglé pour le coureur de fond.
J'ouvre les yeux. Une première sur marathon. Les berges sont calmes. Un peu de monde sur le chemin, mais pas trop. Nous sortons de Lyon, passage devant Bocuse. 10 ème kilomètre. 47 minutes. Je ne songe même pas à la conversion sur 40. Je constate. Juste. Et je suis dans mon élément. Pas une seule fois je songe à ralentir. Je me fais confiance, et cette sérénité me porte. Droit devant. Souffle posé. Régulier. Et la semelle, qui fait ses gammes. Padabam, padabam.
Mon cavalier Laurent surgit de nul part. Au 12. Plus tôt ? Je ne sais plus au juste. Après le pont. 
Je lui fais signe que je flotte. Dans mon monde ouatiné de marathonienne. Il respecte mon silence, se place dans ma roue.
Cinq kilomètres vers le sud. La route est un tapis roulant qui me fait avancer. Je prends le temps de regarder le flot des coureurs qui se déverse encore sur l'autre berge. Si j'avais été arrêtée, accoudée au parapet, à m'amuser de cette ondulation colorée, ça aurait été tout comme. Le mouvement, bras, jambes, se fait sans y penser. Toujours au même rythme. Tempo gravé dans le disque dur, le corps récite sa chanson et la passe en boucle, sans jamais se lasser.
L'approche du tunnel me réveille. Il s'en faut de peu pour que je m'engouffre sur la voie réservée aux semi-marathoniens ! Laurent est là qui veille et m'indique le bon chemin pourtant bien annoncé par une armée de bénévoles et de panneaux bien placés. Il faut croire que j'avais les yeux fermés. Encore. La masse bifurque. Nous sommes seuls. Presque.
Tunnel de la Croix Rousse. Modes doux. Le nom m'amusait. J'en comprends le sens en m'y engageant.
1800 mètres d'enchantement !
J'ai l'impression qu'une main géante a posé sur nos têtes un gros casque à réducteur de bruit. Bulle immergée dans un immense aquarium je plane au centre des images projetées sur les parois. Sons doux, images ondulantes. Je suis dans un fauteuil. Regarde les bruits, écoute les mouvements, capte les silences et goûte les sons.
Laurent pendant ce temps, trifouille dans son sac, joue les paparazzi, tournicoque va devant, revient. "Tu vas trop vite" me lance t'il ! "Je n'arrive même pas à prendre une photo !". Je voudrais ne jamais sortir de ce chemin chaud et lumineux. Les autres coureurs, tout aussi silencieux, semblent savourer aussi. Nous sommes des privilégiés, à passer ici, en tête de peloton.
Le jour froid nous frappe dès la sortie. Quel contraste ! Le frisson passe aussi vite. Le rythme de course n'a pas bronché. De là haut un satellite m'a repêchée. 4' 50. Parfait. Laurent me souffle parfois, visiblement impressionné "Mais tu fais un truc de fou !"
Aux abords de la Tête d'Or, nous croisons les champions. Ils passent, en sens inverse. Balles traçantes. 
Sur les bas côté on encourage. Semi. 1heure 41.
En entrant dans les allées, je me revois vaguement petiote, accompagnée des cousines, main ferme de ma grand-mère. Il me semblait infini ce parc. Et je me prends à songer que peut-être, il l'est, et que je vais perdre le fil, partir dans la mauvaise allée, chuter sur une bordure. 
Je n'aime pas courir dans les parcs. Ils sont synonyme de sorties du dimanche, poussives et obligées, à suivre le jogging du devant. En rond, toujours en rond, autour du lac dont la boucle ne finit jamais.
" 4 ème féminine" me susurre le bas côté ! Laurent pointe devant. Fille à 100 mètres. Il me faut du temps pour comprendre ce que cela signifie. Kilomètre 24, sortie du parc de la Tête d'Or, je cours pour…Le podium !
La longue remontée durera 5 bons kilomètres.
Elle m'a flairée. Dans son dos. 
Le public réalise à notre passage que la course féminine se joue ici. Badauds et coureurs, que je dépasse, crient mon prénom, poussent, encouragent. 
J'aime la compétition. Me voilà servie.
La partie se joue en silence. Elle accélère imperceptiblement, j'ajuste ma vitesse. 
Les berges du Rhône défilent à 13,5 km heure. Laurent prend le pouls régulièrement. S'inquiète, un peu. Calme mon impatience. Prodigue des conseils bien ciblés. Et m'encourage, toujours.
Je la dépasse avant le 30 ème. Mur du son. Je jubile. Jeune Padawam… Pauvre de toi. Elle l'aura sa revanche. Mais tu ne le sais pas.
Je fais baisser la pression au parc de Gerland. Echange rapide avec un coureur au même rythme de croisière. Il courra comme moi la Saintélyon dans deux mois, et nous évoquons notre future arrivée, ici, après une longue traversée nocturne qui risque fort de me marquer, aussi, d'une autre façon.
La fatigue aidant, mais sans flancher encore, je profite moins de la route. Concentrée pour ne pas marcher dans les ornières où l'orage de la veille a laissé de larges flaques, je m'applique à séparer l'âme du corps qui commence à devenir lourd.
Laurent prend le contrôle des détails matériels. Il me sert de porteur d'eau, de conteneur à déchets - Plus de poubelles ASO sur le trajet tu es gentil merci - Il s'inquiète en permanence de mon état physique, m'invite à ne pas lâcher prise. Je contrôle encore ma vitesse. Elle ne bouge pas. Mais au passage du pont Raymond Barre, je  touche, impuissante, au point de confluence entre fluidité et difficulté.
Les 3 kilomètres entre le 38 ème et le 41 ème me semblent interminables. Une lame me chatouille le côté droit de sa pointe acérée. Frappera, frappera pas. C'est à 41,5 qu'elle cogne. Je m'arrête pliée en deux dans une douleur que je ne peux plus contrôler.
Elle profite de cet instant.
Me dépasse dans un courant d'air.
Je lève la tête. Impuissante. Dans un brouillard, au bord de la nausée j'entends Laurent qui me hurle d'avancer.
Alors.
Je redresse le torse. Ravale mes larmes. Echange un regard avec Laurent. Souffle.
5 secondes d'arrêt. 5 secondes de trop.
Refermée sur ma douleur. Raccrochant les 13 km heure, j'arrache au bitume les 800 derniers mètres.
Ligne. Je referme la main sur ma montre. Arrête le chrono.
Stratosphérique. J'explose une seconde fois mon record.
3h 23 minutes et 53 secondes de course.
15 minutes de mieux qu'à Paris.
30 minutes gagnées en un an sur la distance.
Je hurle. Trépigne, étreint Laurent tout aussi euphorique. Lance vers le ciel un salut à mon étoile. Ma Lulu.
Je félicite ma concurrente. Elle me souffle qu'elle n'est pas sûre. Pas certaine de sa place.
Je commence à comprendre.
Elle est partie bien avant moi.
Mon chrono est meilleur que le sien.
Mais.
Mais elle a franchi la ligne avant moi.
La règle est simple. Première arrivée en temps officiel - début de course premier départ - première servie. Elle monte sur le podium.
Et pourtant.
Et pourtant mon résultat est sans appel… 3 ème féminine.













 Manger du Lyon au petit déjeuner, ça me réussit !




Un grand merci à Eric Tinat, entraineur à L'USBerry Athlétisme, pour son plan, ses encouragements et sa confiance dévouée.
Et puis.
Mon étoile, ma Lulu, mes enfants si sages pendant mes entrainements. Laurent. Rock*. Henri et Isabelle.
Mon T-Shirt Errea fétiche. Ma parfaite ceinture Flipbelt. Mes Asics quicourentvite.
Et tous les bénévoles.
Merci.