Parce que mes pieds sont têtus.

lundi 29 décembre 2014

Ce petit chemin - Ode au jogging intuitif

Le frais soleil d'hiver jette quelques timides éclaboussures sur le ciel ardoisé de fin de jour.
J'ai lu l'après-midi. Paresseuse journée d'entre deux ans.
La télévision regarde mes enfants chiffons. 
Je ne manque à personne.
Je sors.
J'ai enfilé un collant mi-long, pris les gants, un buff.
Une virgule d'hésitation. Je chausse mes routières.
Peu de trafic. J'irai au large en plus. Le citoyen fait la grève du loisir. Il se réserve pour le second service.
Les pinces du grand froid se cognent rapidement à mon moteur. 
La machine running est hors gel en quelques foulées. Les oreilles au chaud sous un cocon de Daho.
J'emprunte machinalement une route habituée à croiser les cases de mes tableaux d'entraînement.
Si je monte au point B en partant de la base A tant de montée, ça de kilomètres équivaut à X d'effort.
Trêve.
L'entre-deux ans. 
Le goudron susurre à mes orteils de n'en faire qu'à leur tête.
Je bifurque dans le petit chemin et je fais valser la chaîne des plans bien tracés.
La ville disparaît. Cronos et Gaïa font basculer mon terrain de jeu du bout de leurs sandalettes.
Il n'est plus si tard. Il n'est pas trop tôt. 
La lumière tatoue de mouchetures ma rétine presque voilée.
Je suis le chemin pavé de fauves, chaque feuille morte est une enluminure et l'oreille délestée du casque capte les rayures, gargouillis, et frottements du sous bois soupirant.
Erreur de casting sur le rôle vedette de la chaussure. 
Je patine en pachyderme sur un terrain glissant et je hoquette par dessus le ruisseau qui s'infiltre sous le spongieux tapis bruni.
Je flotte.
Le ciel fuligineux s'auréole de dorures. Je tourne et bifurque à chaque occasion pour pousser ma trotte au bout des chemins, savourant cette solitude moelleuse et silencieuse.
A la première habitation, le gravât du chemin se fait plus cassant. Le charme est rompu, Gaïa ne joue plus.
J'ajuste mon cache-col, visse des basses rythmées à mes oreilles, passe la cinquième.
Quelqu'un a colorié le paysage en monochrome, et les nuages bas me postillonnent au visage en grondant.
J'arrive au moment où le plafond se fend, bariolant la route d'éclaboussures moirées d'hydrocarbures.
Le petit bois s'est refermé sur ma respiration, badigeonnant d'un trait versicolore les soupirs  honteusement énamourés d'une mangeuse de bitume.

lundi 22 décembre 2014

Je voulais vous dire…merci pour (mes) ailes !

Ces pages se sont ouvertes au commencement de mon aventure marathon.
Elles s'orientent sur d'autres horizons, mais je voulais vous dire…
Merci.
Pour votre écoute, vos bras ouverts.
Pour vos questions et pour vos dons.
Pour l'exemple, l'impulsion et l'allant.
Pour les ailes brisées et les familles éprouvées, merci pour elles.












Général Jacops, colonel Govin, colonel Duhar, et l'ensemble du conseil d'administration de l'Entraide Parachutiste, merci !
- Vos dons pour les blessés des familles de militaires parachutistes sont toujours les bienvenus ici ! -

lundi 15 décembre 2014

Une minute en miette. 10 kilomètres et un record perso dedans.

Les voix sur le côté crient et encouragent.
"allonge !"
Tu veux. 
Je lutte contre mon chrono. Ne jamais passer sous les 12 kilomètres/ heure. Jamais.
Je veux m'accrocher à l'espoir d'un 45 minutes.
Un verrou sauté avant même d'imaginer pouvoir le faire valser.
Je n'avais pas prévu de m'inscrire à ce 10.
J'ai vu de la lumière. Alors je suis rentrée.
Seconde Ronde de Ramonville.
On me le vend comme plat, roulant, certifié. Je signe.
"J'y vais décomplexée" je lance aux copines.
Tu parles.
D'autres me mettent au défi.
Tu es capable dit l'un.
Ne force pas. Dit l'autre. En rajoutant tout bas "4 minutes 40 au kilomètre, tu peux tenir".
Je n'ai fait aucune séance spécifique depuis mon marathon.
Ce n'est pas ce qui compte.
Ce qui porte vraiment, c'est l'espoir. Le rêve un peu fou de passer chez les "moins de 45". C'est la couleur de l'oeil du voisin déjà fixé sur l'arrivée. C'est la chaleur invraisemblable du coeur du peloton qui attend, c'est la certitude de n'en être qu'au tout début.
Second 10 kilomètres officiel. 
Le premier, contre toute attente m'avait hissé à la troisième marche du podium V1F, mais le chronomètre officiel avait hoqueté, et je n'ai jamais su mon temps réel. 50 minutes, à tout casser.
Le niveau n'était pas franchement élevé.
Ici ça vrombit. Le carré des dragsters piaffe déjà, je me planque dans les roues j'ai peur de partir trop vite et je pars trop vite.
Deux kilomètres à me sermonner sur mon allure trop rapide. 8 kilomètres à accrocher plus mal que bien les 13, 5 kilomètres à l'heure.
Le ravito sur un 10 . Une plaisanterie pour débutants ! En particulier sous ces températures très fraîches.
6 ème kilomètre. Le ravi du verre d'eau, c'est moi !
Je vénère le pauvre fond de flotte dans son gobelet de plastique que me tend la déesse bénévole.
Bon.
J'étais partie trop vite aussi.
Elle est vicieuse bien comme il faut la petite montée du 8ème. 
La casse pattes qui fait la différence. Elle laisse de côté les sans jambes qui s'accrochent à leur cardio. Faux-plat ridicule sur les 300 mètres desquels s'émiettent les secondes de la minute de trop.
Je peste pour la forme. 46 minutes et trois secondes.
Je le sais, en 26 mois de course à pied, ce n'est pas rien.
Et puis.
Je l'aurai bientôt.
Je l'aurai.




"On ne se doute pas comme c'est long une minute" Flaubert - Et mes pieds sont têtus :) -

jeudi 4 décembre 2014

Les boueuses berges de la Garonne

- Parfaitement madame la Marquise -
Je savais à quoi m'en tenir.
S'il n'avait plus plu depuis quelques heures, il avait tout de même plu plusieurs fois dans la semaine.
Et ça allait patauger. Forcément.
Plus d'un mois après le marathon, je commence à piaffer. Il est trop tôt pour forcer. Je suis là pour me frotter à un terrain instable. Je sors de mes lignes droites rabâchées, de mon cardio impeccable.
Je suis une routière. C'est indéniable. Mais j'aime le chemin qui me confronte à l'anarchie des mouvements. 
Ornières, escaliers, changements de direction, chemins, talus, boue, herbe, gravier, autant de façons de poser le pied, autant de situations que l'esprit doit analyser pour que le corps se sente en confiance.
Nous avons chacun notre façon de courir.
Les bulldozers tracent. Ils travaillent leur résistance physique à coup d'exercices de renforcement musculaire et ont assez de tonus pour passer en force.
Sur un trail de court distance, c'est à mon sens la meilleure façon de faire.
Partir vite, ne pas se poser de question sur le terrain. Aller au plus court. Droit devant.
J'en suis loin.
Courir c'est être stratégique.
Il faudrait que je sois capable de partir vite. 
C'est pas gagné. Mon expérience de départ trop rapide sur le Trail urbain me fait tourner sept fois l'aire motrice du cortex frontal sous la casquette.
 Si les jambes ne suffisent pas, il va falloir doubler.
Doubler sur monotrace. La bonne blague.
Mes chaussettes longues sont mes complices.
J'Harpic à la lettre ma volonté de fluidifier et je débouchonne. 
Trace dans les orties du bas côté. Mais l'embouteillage est derrière moi.
Pieds joints dans les flaques.
Mes Salomon hybrides tiennent la route mais je m'offrirai des Speedcross 3 pour mes prochains trails - et en particulier pour la Forest qui se court de nuit et dont le terrain est, parait-il, ravagé et détrempé -
Sur la suite du trail, je maintiens le cap. Plutôt en force. Un oeil sur mon allure pour tenir une moyenne de 5' 20", et des tentatives fructueuses ou vaines pour accrocher les traileuses qui me devancent.
J'aime ce nouveau parcours. Plus réjouissant que l'an dernier. Il intègre des escaliers qui font travailler les reprises et le tracé est plus logique, moins tortueux. 
L'an dernier, comme un pied de nez du staff, on jouait à chat autour du point d'arrivée, un tour de rab de boue - chon - L'art de nous faire ronchonner - Cette année, place à l'efficacité d'un tracé net et sans bavure. Un escalier pour la gloire et tapis rouge . 
Bref, je gagne 18 minutes sur mon chrono 2013 et je termine les 16 km du Trail Urbain Toulousain en 1h 25' 55", satisfaite du temps, un peu moins de ma capacité pulmonaire : Je souffle comme un bluffe.
Moralité.
Pour t'élever, à coup de berges, -en- traine toi dans la boue.
Sont fous ces traileurs.



Photo Running Mag

samedi 29 novembre 2014

avis de grand froid.

J'ai dis "oui". Polie. 
Histoire de ne pas jeter un froid.
J'avais rendez-vous entre chien et loup aux abords du Stade Toulousain pour une promesse de froid Sibérien.
Laurent vient de s'installer. Accueil chaleureux. La machine ronronne.
Je vais me faire cryogéniser. Pareil que Sigourney et Sylvester. Enfin. Un peu.
2 minutes à moins 125 degrés.
Ça en impose.
Je prends un air détaché, mais je ne fais pas tant la fière.
La cryothérapie c'est vieux comme Mathusalem et pourtant en France, ça perce Caïn-caha.
Soulager des jambes lourdes, des contractures ou des inflammations c'est simple comme un jet d'eau froide. 
Petit joueur.
Laurent de la cryo, quand il te dit froid, ce n'est pas avec tiédeur. Froid, c'est nu - enfin presque - avec dessous, moufles et charentaises - Faut pas plaisanter avec les extrémités -
Deux trois paramètres rentrés dans le cerveau de la machine et l'azote pulsée dans l'étroit habitacle jette un froid d'abysse en quelques secondes.
La tête a beau clignoter des SOS désespérés, tu te laisses convaincre par la mine réjouie de ceux qui t'on précédée.
Debout dans ton caisson, seule la tête est épargnée, l'air aussi détendu que Valls face à Aubry, tu te laisses porter par ces nouvelles et étranges sensations.
Le froid saisit jambes et bras. 
Le corps en revanche se défend de toute son âme et refuse de se laisser ainsi surprendre.
J'ai l'étrange impression de me faire bronzer nue et en moumoute sur le lac Baïkal en plein janvier.
Ce n'est pas désagréable. C'est même prodigieux d'imaginer que le coeur, oh l'ingénieuse machine, en une fraction de seconde comprend l'impensable de cette cryo-attaque aussi inattendue que subite et se met, le brave, en position de sécurité, intimant l'ordre à tout le système sanguin de se mettre en grève illico.
La machine peut descendre jusqu'à moins 150 °C. Le corps est capable de fermer son système d'irrigation sanguine pendant 3 minutes. C'est sidérant !
Au bout du temps imparti, en sortant du cryosauna, l'effet inverse se produit. Le coeur ouvre les vannes et le flux opère son drainage intensif et purifiant. 
Les bénéfices ne font aucun doute sur les corps traumatisés des grands sportifs, mais si certains pays voisins comme l'Allemagne, l'Autriche ou la Finlande ont intégré depuis belle lurette la cryothérapie corps entier ( à opposer à la cryothérapie ciblée comme pour les traitements en dermatologie ), l'INSEP (en 2004 ) puis certaines cliniques en France ont commencé depuis peu à s'équiper.
L'accès à la cryothérapie reste souvent un privilège réservé à nos grands sportifs, préventif ou curatif, il est pourtant avéré aujourd'hui que les séances en cryosauna ont aussi un effet extrêmement positif sur l'amélioration de santé de personnes souffrant de rhumatismes, de scléroses multiples, d'inflammations ou même de migraines chroniques ou de trouble du sommeil !
Le champs des améliorations sur la santé est largement ouvert sur de multiples possibles, et l'action de renforcement musculaire et psychique sur la durée est surprenant.
Rapide, naturel, super efficace. Que demande le peuple.
Une adresse peut-être ?
Toulousains -Toulousaines, chanceux, Laurent vous tend les bras - Il a l'air comme ça, mais il n'est pas franchement froid - Il expliquera tout cela bien mieux que moi ( sur la page de l'INSEP c'est un peu plus sérieux aussi ) et vous proposera un tarif découverte.
Aucune hésitation.
Moi, je crie au génie. 
CRYOSUD Sept Deniers. 15 rue Berniés ( parking accessible en face ) 31000 Toulouse
tel : 05 61 17 92 93
Du lundi au samedi 9h30-19h30 sans interruption
Merci à Run & Trail  pour cette découverte !

samedi 15 novembre 2014

Un petit livre rouge pour courir de plaisir

Jacky me dit, "cette fille là mon vieux, elle est terrible".
L'objet déjà me plait.
Rouge, dimensions idéales, joli, assez racé. *
Il a ce petit quelque chose d'attirant. Le soir même, calée entre deux bons oreillers, je me coulais dans cette promesse de plaisir et je m'y laissais porter toute la nuit.
La fille s'appelle Lamoureux. C'est presque amusant.
Nathalie est une "néophyte (de 36 ans) au passé sportif quasi nul" lorsqu'elle se lance dans la course à pied. Un semi pour se tester puis sur un coup de tête le marathon des sables.
J'aime le concept !
Pourquoi se contenter de moins. 
100 % des finishers ont tenté leur chance.
Elle a de la bouteille si j'ose dire. Nathalie, journaliste au Point est une endurante noctambule, capable d'enchainer les nuits de fête et les jours d'entrainement.
Elle y va aux forceps. Et elle y arrive !
Sa cam c'est un mélange détonnant d'effort, de perception du beau, de sens de l'amitié et du partage sans concession, c'est l'envie, la volonté et une ouverture grand angle sur le champ des émotions. 
L'arrivée d'un ultra c'est une jubilation posée sur le cairn des pavés de dépassement d'une communauté de "défoncés de l'effort". 
Ils sont tous des héros. Du premier jusqu'au dernier. 
La journaliste trempe sa plume dans le sensible pour décrire ses courses et les amis qui tissent avec elle la trame de ses aventures. 
Nathalie aime décrire l'ultra fond comme une cordée. L'un tombe, l'autre le relève. Les jambes et la tête connectées au souffle du compagnon de galère.
En une petite nuit de lecture, je traverse le désert Marocain, la Réunion, dans sa diagonale, les Alpes sur toutes ses faces, le Népal aussi. Je passe par Monaco et sa "No Finish Line". Elle a commencé aujourd'hui même, et je pense à cet ami qui s'engage sur 606 km pour aider Loïc, un frère d'arme éprouvé.
Quels sont les mobiles de tous ces coureurs fous ? Faut-il une raison au juste pour se lancer dans des distances et des dénivelés aussi inouïs ? 
Il me semble à moi, que ces gens là  détiennent une part de vérité. Fuir ou aller, c'est toujours partir. Aller vers l'avant, s'aventurer. Flirter avec l'inconnu, pousser les limites d'un quotidien trop sage, détacher le regard de ses pieds pour les poser vers les horizons de l'autre.
Dans son petit livre rouge Nathalie Lamoureux compose une partition aux mille facettes exaltantes.
C'est avec une pointe d'envie que j'ouvre alors mon esprit, à ce lumineux "chant" des possibles !

Nathalie Lamoureux
"Courir de plaisir"
Editions Guérin
Chamonix
* Objets de convoitise pour les lecteurs qui rêvent de grands espaces et de goulées d'oxygène, les livres des éditions Guérin sont tous à sourire de plaisir ! 

mardi 28 octobre 2014

42,195 bornes (not) Toulouse *

C'était comme un liquide.
Velouté, chaud et onctueux. 
Comme une coulée de lave. Épousant les contours, suivant un chemin dont toutes les bordures se plieraient sans broncher à la puissance de la poussée radiante.
Pas d'obstacle.
Mes sens en éveil tournés vers l'intérieur et ne laissant filtrer que les vibrations d'un public généreux et festif.
Je n'ai pas rencontré de mur. Je n'ai jamais soufflé. Jamais eu mal. 
J'avançais, d'une cadence quasi égale, à mesure que défilaient mes 42,195 kilomètres, tronçonnés méthodiquement en portions de 5.
Avais-je prévu cela ?
Plonger dans un premier marathon c'est d'abord se confronter aux multiples avis plus ou moins éclairés de ceux qui vous entourent.
Il y a ceux qui vous aident. Qui savent par avance. Vous n'entendez qu'eux. Vous avez le devoir de n'entendre que eux.
Je cours depuis deux ans. Octobre à octobre. Je n'avais pas le droit de parier sur quoi que ce soit.
Mais j'avais l'envie. 
L'envie et le besoin, deux piliers sur lesquels j'avais greffé un devoir.
Une belle étoile a fait le reste.
J'applique méthodiquement les conseils nutritionnels prodigués par des vieux briscards de la course.
Je ne néglige ni mes rations de pâtes et de boissons chargées en glycogène, ni mon sommeil, ni le rituel de la préparation quasi dévote de ma tenue de course.
Je me souviens de cette veille de saut en parachute. Étonnée d'être aussi calme quand je sais que mes oreilles risquent de se désintégrer en vol et que je vais basculer dans un vide de 5000 mètres.
L'extra ordinaire m'apaise.
Il faut croire.
Il fait beau sur le départ. La masse est en liesse. Vrombissante. Aiguillonnée par une voix de blockbuster qui fait frissonner le futur marathonien.
Le peloton s'écoule. Il semble fluide et uni. Il est composé pourtant d'éléments disparates.
Certains pensent déjà leur course. D'autres panseront des plaies plus tard, faute de n'avoir pas assez raisonné leur départ.
Au large des meneurs d'allure 4 heures, je m'étonne in petto d'un départ relativement rapide et je me verrouille très rapidement sur un rythme qui s'adaptera tout le long du ruban bleu à mon état de forme physique et mentale que je m'applique à analyser très régulièrement.
L'autre n'est plus qu'une image brouillée. 
J'ai du mal aujourd'hui à parler de cet espace temps indéfini dans lequel je traverse les 30 premiers kilomètres de ce marathon.
Je n'ai pas de jambes, pas de bras, pas de tête. Je suis un élément semi-liquide qui s'écoule à la vitesse de croisière de 11 km par heure.
Est-ce si étrange de s'être préparé à ce point à une chose et de l'épouser aussi facilement comme une robe sur-mesure ouvragée à la couture près ?!
J'ai travaillé mon allure. Mon souffle, mes battements de coeur. Ils sont devenus mes essentiels. 
Au 30 ème kilomètre je pointe un nez hors de ma sphère pour voir si le mur y est.
Je discerne les coureurs.
Les douleurs font peine à voir sur certains. C'est ici que le mal arrive. Sans prévenir.
Des athlètes qui pleurent. Inhabituel.
Un papa pousse sa fille adulte et handicapée en fauteuil. Oui je me souviens. Il m'a dépassée au départ.
Quel courage. J'admire et je le lui dis.
Ne marche pas. Toi, le costaud ! 
Merci les bénévoles ! Et vous, qui jouez pour nous ! Je vous entends depuis ma bulle ouatinée.
Vous êtes le carburant de ma foulée huilée !
Je bois sur chacun des ravitaillements. Méthodique. 5 km un gel de sucre ou une pastille de sel et de l'eau. 5 secondes de marche. Pas plus. Et ça repart.
Coup d'oeil au GPS. Je reprends le rythme en 10 secondes, regard pointé sur les 5 kilomètres suivants.
A dix kilomètres du Capitole, j'envisage de commencer à courir. Je veux dire. De commencer vraiment à courir. 
Kilomètre 32, je vise définitivement moins de 4 heures.
Imperceptiblement j'accélère le rythme.
J'entends le fracas des percussions des joueurs de rue, le cri des enfants, les bravos des passants.
Je m'ouvre au public. Je commence à penser que je le mérite peut-être !
Je rentre dans une fête. Toulouse est un chapiteau coloré et vibrant du soleil apporté par tous ses habitants !
Je ne me situe plus sur un plan géographique, mais dans un espace tridimensionnel.
Je tends vers un point, poussée par le bitume et le ruban de sourires de ces gens qui prennent place dans la géométrie de mon espace. Le coureur devient au choix, l'obstacle à contourner, l'ami à encourager ou le concurrent à dépasser.
Je fais un signe aux amis qui me font la joie de pister mon passage. J'ai envie de leur hurler que j'apprends à voler !
Je suis une balle traçante . Je fends la foule. Je le crois ! Je le sais ! c'est mon bouquet final, mon graal !
Le hurlement qui percute mon tympan anesthésié par la liesse me rappelle le premier des fondamentaux : Un marathon n'est jamais gagné !
C'est un colosse qui se tord de douleur sur les abords du Grand rond. 3 kilomètres. Il reste si peu de distance ! 
Les secours sont là. J'ai tellement mal pour cet homme là !
J'exécute un dernier point mental sur mon état physique.
Je suis insolente de bonne forme.
C'est décidé. J'accélère brutalement. Je suis joueur d'échec. Je dame le pion !
Le cour Alsace-Lorraine défile à 13 kilomètres heure. Ma vitesse en fractionné.
J'ai 40 bornes dans les jambes et je ne les perçois pas.
La foule est compacte. Je ne la vois pas. Je la sens vibrer.
Je suis une machine. Aucun sentiment ne me traverse. Les bravos des spectateurs ricochent sur mon crâne comme autant d'électrochocs qui emballent mon moteur.
J'ai réussi. 
Envie de hurler.
42,195 bornes en 3h,  52 minutes et 46 secondes.
Une histoire d'amour qui commence.

*Forcement…Je ne pouvais pas ne pas la faire…Je sais. Petit. C'est petit ;)


37 km. Merci Laurent ( un grand pro de la CAP ! ) pour la photo !

Temps au chrono - départ de course - . Temps réel FFA 3h 52' 46".




Données de course. Métronome. Garmin


"A n'ouvrir qu'après la course" Colis clin d'oeil de mon adorable amie et fantastique blogueuse littératro-runneuse Galéa

mercredi 22 octobre 2014

…And you're gonna hear me…

12 semaines. 
48 séquences d'entraînement millimétré.
47. Une défaillance dans la gestion de mon temps ce jour là.
Aucune journée of.
Toujours partante.
Des fractionnés enfilés un à un.
Des sorties fleuves, paisibles et métronomes.
Une préparation sans douleur.
Je le sais. J'ai de la chance.
Les dés sont jetés.
Des bras me guident. Des souffles poussent.
Une course c'est une arborescence.
Je suis au coeur d'une ramification, alimentée d' une armée de volontaires.
Ils tracent ma ligne bleue, depuis 6 mois, 3, moins peut-être.
Ils se tiennent prêt sur les ravitaillements. Ils organisent. Certains conseillent.
Attentifs à ce que la moindre parcelle d'aléatoire reste à l'écart de mon ruban bitumé, ils veillent.
Plus proches ils portent un regard. C'est un signe, un encouragement, un sourire, une flamme. Un froncement de sourcil ou une recommandation juste, polie et discrète. 
Ils sont des phares, des balises, un horizon ou un port. Ils ne sont presque rien parfois.
Mais ils sont là.
Courir c'est une pléiade. Un mythe.
Une histoire particulière et universelle.
Petit bonhomme dans le bouillon de tous les En Vie… Dimanche
You're gonna hear me…. 
Miaou !



Un merci particulier à Jacky de Run & trail, site internet dédié à l'organisation de courses sur route et chemins, au sponsoring et à la gestion des équipements sportifs de club / associations.
T-Shirt technique Errea

jeudi 16 octobre 2014

L'invincible Louis Zamperini !

Invincible.
Il est mort en juillet.
A 97 ans il a dit  "va". J'ai accompli ma vie.
Un homme peut-il à ce point vivre sans vouloir en finir ?
Je veux dire. Un homme peut-il à ce point endurer de l'existence sans se laisser mourir !?
Elle bouillonne la vie chez cet homme.
L'enfance de Louis est une boulimie d'expériences, de bêtises et de larcins, de petites truanderies et de grosses bagarres.
L'enfant ne tient pas en place. On le confrontera à la piste d'Athlétisme . Ce sera une révélation !
Il devait marquer son siècle.
Ses premières courses furent éblouissantes !
Raillé par des adversaires aux dents longues et aux pointes acérées, il finit un mile en 4 minutes 08 secondes,  un temps qui restera au firmament des records inégalés pendant 18 ans !
8 ème aux 5000 mètres aux jeux Olympiques de Berlin, la guerre 39/45 aura raison de ses espoirs de médailles.
Le cahot mondial emporte les hommes valides et les recrache sur des théâtres morbides.
Louis endosse l'uniforme de l'US Air Force et bombarde le Pacifique à bord d'un B-24 qui finira par s'abimer en mer.
3 hommes. L'océan les recrache . Deux radeaux de caoutchouc se font refuges.
47 jours de dérive. Zéro nourriture. Un peu d'eau de pluie. Un soleil écrasant. Des centaines de requins prédateurs. Des heures de survie sous le feu nourri des tirs ennemis. Des ouragans et 3000 kilomètres au gré des courants. Deux survivants. Et au bout de l'enfer, un nouveau gouffre.
Prisonniers des Japonais. Une nouvelle survie.
Geôles putrides et étriquées, abîmes de souffrances, de brutalité. D'inhumanité.
Watanabe est "L'oiseau". Criminel de guerre de haut vol. Il n'aura de cesse d'écraser son peuple de damnés prisonniers réduisant au néant la plus petite parcelle d'humanité de ces ombres d'hommes tombés dans l'oubli.
Louis sera officiellement déclaré mort.
Il est pourtant bien vivant.
Invincible.
Sa vie est déjà un roman. Elle n'est pourtant qu'un préambule.
"Invincible" parle d'un homme, d'une lutte, de multiples enfers et d'une rédemption.
Laura Hillenbrand ( Auteur de l'immense succès "La légende de Seabiscuit" ) fait un récit fidèle d'un homme dont on ne peut que louer l'héroïsme et l'humanité, acteur bien malgré lui d'une fresque éclaboussée d'abominations et d'accablement, mais dont la lumineuse issue n'est qu'un reflet du bouillonnement de vie du coureur Zamperini.
"Invincible" par Laura Hillenbrand
Presses de la cité.
…Et au cinéma en janvier 2015 !

vendredi 10 octobre 2014

Fractionne !

Au tout début du début ça me faisait rire. Enfin sourire.
Y'a pas vraiment bien longtemps quand j'y pense.
Il y a deux ans.
Mais même il y a un an, ça me faisait rire.
Fractionne ! Tu progresseras !
Mettre le réveil un peu plus tôt. Bien. Je veux bien.
Courir sous la pluie. Mouais. Bien, je veux bien.
Courir 3 fois dans la semaine. Passe encore. 4 fois ? Vendu.
Mais courir vite !?
Courir c'est bien assez.
Et puis je me suis lassée.
Lassée du petit trot. Enfin non. J'adore. mais de la séance qui revient. Jumelle de la dernière, pareille à l'avant dernière, semblable à l'avant-avant dernière.
Fractionne.
Il fait un peu peur ce mot. Il est sec. Il est brutal. Il fait militaire.
Il veut un peu dire "mobilisation !"
Garde-à-vous !
Chef, oui chef !
Et au fond tu n'en mènes pas large.
Mais il faut.
Tu le sais bien.
Première sortie. Trot de 20'. Tu inspires une belle grosse goulée. Non, pas maintenant . Attend, je bois un peu. Zut, mon lacet. Il fait un peu lourd. Est-ce bien raisonnable?
30 secondes rapides. 30 secondes lentes. 30 secondes rapides. Ça ne finira pas ?!
8 fois enchaînés. C'est un bon début.
Juillet. J'enfile des 30"/30" comme des perles. L'obscur fractionné s'initie en quelques sorties raisonnées.
Il est temps de bousculer le métronome. Courir plus pour récupérer moins - Toute ressemblance avec la politique gouvernementale est fortuite -
Les 200 mètres passent sans encombre. Tu le vois le jabot d'orgueil qui se gonfle quand tu dépasses le jogger plan-plan ?
Toi. Touâ ! Tu suis un plan !
Deux semaines à 200 / 100. C'est pas le tout. Bouscule toi !
500. On rigole moins. Enfin. Le jogger, si. T'as pas que le jabot de rouge écarlate ma poulette !
Cache toi !
Deux semaines de 500 / 200. On finit par s'habituer à tout.
Et puis vient la première pyramide.
Le bûcher de ta vanité.
Enchaîner les 200, les 500 puis les 1000. Bientôt tu grimperas à 2000. Juste pour la gloriole ! A 4'30" au kilomètre. 1000. Train d'atterrissage. 500 - oh douceur du 500 ! Distance bannie la veille, tu lui érigerais un autel, gloire à toi Oh 500 si humble et si petit face au kilomètre tortionnaire ! Tu t'arrêtes quand la piste est bien dégagée. Histoire de râler, tousser, hoqueter, expirer en tout anonymat…. Expirer, expirer…..Rhââââ !
Oui mais voilà.
Dans la notice c'est bien marqué.
Tu vas progresser.
Tu sais quoi ? Je commence à croire.
Une bonne ration de fractions. C'est élémentaire !


Et sinon pour solidariser, c'est élémentaire aussi : Ici !

mercredi 24 septembre 2014

Semi de Toulouse - pleine satisfaction !-

6 semaines de préparation. Je n'y coupe pas. Le semi.
Avant de forcer le rythme de la prépa, se mesurer à un chrono officiel est un indispensable.
Paris mars 2012 : 2 heures 17'
Toulouse septembre 2013 : 2 heures 07'
Je ne suis plus une coureuse du dimanche.
4 entrainements par semaine. Plaisir pur jus. J'aime.
Dimanche, semi. Je vais en découdre !
J'ai un plan de course. Entre dévoiler son envie de chronomètre et ne rien dire, mon coeur balance.
Question classique en début de course : 
" Tu fais un chrono ?"
…"Faire un chrono"… Se fixer un temps et s'y tenir ! 
La plupart des coureurs louvoient. 
"Pas très en forme aujourd'hui" "j'ai pas les bonnes godasses, le terrain est mauvais" "t'as vu le monde ! Ça va serrer sur la ligne !" "On crève de chaud ! Z'ont intérêt à avoir prévu au ravito…" 
Retour de course, si le chrono est en berne, la raison est donc toute trouvée : Au choix et en fonction du degré de mauvaise foi "trop chaud, trop de monde, mauvais tracé, aucune relance, pas roulant…"
"Ton chrono Sophie pour dimanche ?"
"Voualavoualavoualaaaaa….Oh tu sais mouâ….prépa tranquille, je force pas, fô pas que j' me grille, toussatoussa, aucune ambiance en plus, moi je fonctionne à l'applaudimètre …."
Dimanche matin, 5 km à vélo histoire de chauffer.
Arrivée sur zone. Le 10 km - sélection aux championnats de France de 10, du joli niveau - s'élance.
4 lignes droites d'accélération pour lancer le cardio.
Départ du semi.
J'ai la course dans la tête. Je veux décrocher ce semi en 1heure 55' grand max.
Il fait chaud mais rien d'insurmontable. 
Je laisse doubler. Sans ma montre GPS ( Une Garmin Forunner 220 que j'ai achetée trop tardivement et qui n'arrivera que le lendemain ) je cours au nez.
Je me force à garder un rythme de course relativement bas et j'accepte humblement de me laisser doubler par paquets.
Rendez-vous au 15 ème les gens….
Kilomètre 6, le moteur ronronne. J'accélère imperceptiblement. Arrivée aux 10 en 56 minutes. Parfait.
Une connaissance m'encourage 
- Il aura fait son 10 km en 34 ' !! -
C'est le moment de pousser les gaz.
Au feeling je passe à 5' 20" au kilomètre. Je remonte. Les pas de la masse se font lourds. Ce martèlement que j'aime tant. En début de course alerte et rythmé. Prolongez la course, tendez l'oreille. Le tam tam des semelles se fait dodécaphonique. Chaque son à son propre rythme, détaché de cette harmonie  linéaire propre au peloton sagement groupé sur la même partition de départ.
Le coureur se referme sur sa stratégie, ou sur sa douleur.
J'augmente le rythme. Je suis parfaitement à l'aise. En passant le ravitaillement du 16 ème kilomètre, je sais que je finirai ma course sans souffrir.
Dans mon enthousiasme, petit grain de sable dans le rouage, je fais tomber le petit bidon d'eau salée que j'emporte toujours à la ceinture. L'épisode me pique d'orgueil. Vexée d'avoir perdu quelques 30 précieuses secondes, je me jure de ne plus décrocher sur les 4 kilomètres restants.
Et je grimpe. Je grimpe et je double. A ma montre, je suppose que le chrono tant convoité est à portée de foulée. Stade Toulousain en vue. Allonger encore. Aucune douleur. Pas d'essoufflement. Cette fin de course est idyllique . Tour de stade. Le chronomètre officiel me nargue d'un 1h 48…Restent 300 mètres….Sprint, les yeux fixés sur la ligne. Une minute suspendue à ma foulée…
Un an après un premier semi à Toulouse, je passe cette ligne. 
1h49'26"
"J'ai fait un chrono". J'ai géré mon chrono. Et je suis vraiment. Vraiment. Heureuse ! 
…Ah, oui, retour à vélo. Une fringale mon vieux ! J'aurais bouffé du lion pour un peu….














Photo Running Mag ( Pierre Garaudet )

lundi 15 septembre 2014

Le long du canal.

Bonheur du petit jour.
Dimanche matin, le réveil ne m'est d'aucun intérêt. 
La tête s'éveille toute seule. Premier regard vers la fenêtre.
Il fera beau ce matin sur le canal.
Je me glisse hors de la chambre. Les affaires m'attendent depuis la veille.
Léger déjeuner, nouvelles du matin. Lacets vérifiés. J'apporte avec moi une playliste de musiques variées qui rythmeront les foulées aussi bien que les vagabondages de l'esprit.
Que j'aime ces sorties longues !
Elles n'appartiennent qu'à moi.
Vous ne la voyez pas cette bulle aérienne. Elle m'enrobe corps et âme.
J'y range à loisir le chapelet des gens que j'aime, les pensées éphémères, des idées moins légères.
Je passe sans aucune honte du dernier dessin de ma fille à la maladie de cette amie. 
Du dessert d'hier soir au rendu de ma prochaine robe.
De la couleur de mon prochain vernis à l'exploit sportif d'un proche.
La sortie longue du dimanche est une ronde virevoltante.
J'ouvre grand les yeux, et le coeur aussi.
Le monde passe, comme en apesanteur. Coureurs du dimanche, runners confirmés, familles à bicyclettes, cyclistes chevronnés.
Les avirons glissent . Gerris légers ils marquent la cadence. Il n'est pas rare que l'on fasse route ensemble. Moi sur la rive. Eux sur l'eau. Silencieux chacun à notre effort et pourtant si consciemment liés en ce dimanche de paix.
Elles sont jolies ces petites jeunes. Sweat à la mode, un peu trop chaud pour la saison, queue de cheval chaloupée et portable au poing. Elles jacassent de l'air du temps en trottinant doucement pour faire fondre le dernier Mojito.
Celui ci va bien trop vite. Il n'aime pas être doublé. Je le rattraperai bientôt. 
Elle a du mérite la petite dame. Voûtée sur sa petite foulée. C'est beau de s'accrocher.
Les hommes arborent fièrement le t-shirt de leur dernier marathon. Les demoiselles en débardeur profitent de l'été Indien. Le fil des écouteurs glissé entre des seins que l'on ne saurait voir.
A l'approche du marathon, les profils se définissent.
Je pourrais parier sur les objectifs des uns et des autres.
Le coureur du dimanche passe. Le futur marathonien salue. Un hochement de tête, un signe de la main. Un sourire. On se reconnaît. Il y a des choses qui se partagent et qui ne se disent pas.
Vous êtes tous mes frères. Coureurs du canal.
Votre horizon se compose des couleurs du midi. Les grands platanes tamisent les ardents rayons d'un soleil que l'on espère un peu moins chaud bientôt.
Les chaussures encore un peu neuves martèlent une piste que l'on connaît par coeur.
En deux heures, un aller et un retour, je vais jusqu'à la jolie écluse de Castanet. Il faudra un jour que je m'y arrête. Le goût du diabolo menthe, sur la terrasse, doit y être divin.
Je pousse au prochain pont. 6 km de plus. 2 heures 30. Une jolie sortie.
En remontant vers le nord, le canal prend une teinte plus sombre. Je ne pense pas au retour. Les jambes sont autonomes. Au delà de 15 km, la tête est définitivement ailleurs .
Il suffirait d'un rien, d'ailleurs, pour qu'elles décident, 
contre toute raison, de faire volte face 
pour filer vers la mer.



samedi 30 août 2014

Rentrer dans le dur

Marathon moins 8 semaines.
Je ne me soustrais pas à la nécessité d'une prépa* salée et redoutée
- non en vrai pas trop mais je suis naïve -
Pour ceusses qui voudraient jeter un oeil.
Voici voilà.
- petite suée à la lecture des réjouissances du vendredi semaine 3 ( une séance pour faire le point sur le mental ou pour en profiter pour se tailler (en courant) avant qu'il ne soit trop tard…je crois…)

*Merci à Eric, Denis, Marianne, Nathalie et tant d'autres qui sont des moteurs…et qui parfois me recadrent efficacement chacun à leur manière.




 - Une sortie fractionnée ( 100 / 200 mètres à fond les boulons avec 100 mètres récup ) en très belle forme - pourvu que ça dure -
Coup d'oeil sur une sortie longue : Je commence à penser bitume. All Right.

Bonne rentrée scolaire  ! 
- Et pour soutenir mon marathon solidaire ça ne change pas. Direction ou bien ici ! -
Merci !

lundi 11 août 2014

Bouge toi et le ciel t'aidera

Y'a eu comme une tornade.
Ça arrive chaque année.
Je pars dans ma campagne, visiter veaux vaches cochons.
Le fermier me dépose en offrandes salades montées et courgettes démesurées . Je suis "la parisienne". Sur l'hôtel de l'exotisme il me note déraisonnablement bien. Je fais semblant de ne pas le voir à me faire des grands coucous de son gros engin laboureur et j'outrepasse si je suis habile la causette quasi quotidienne qui me distorsionne le timing de mon jogging du matin. 
Je m'attelle aux grandes tablées d'une bonne vingtaine de vivants convives qui me ravit ma quinzaine campagnarde. La famille est un trésor, fatigant mais qui nourrit le grand bonheur de la vie.
Je cours, au sens propre comme au figuré. 
L'homme me rejoindra.
A moins que.
A moins qu'une tornade s'abatte aussi sur les paras du RTP.
La vie joue de mauvais tours.
Je boucle la chaumière en moins de temps qu'il me faut pour un 10 kilomètres à bon train.
Si je cours pour les paras, j'ai aussi le devoir de me poser sur la tranche de vies brisées.
Cette semaine, s'il en était besoin, comme une piqûre de rappel, je sais pourquoi je cours.
A Hugues et à Éric.
Aux paras et leurs familles.














…Parce qu'il faut s'en convaincre chaque jour….


Pour soutenir les familles des paras, clic ici ou bien.

dimanche 20 juillet 2014

Entrainements du 6 au 20 juillet - 606 kilomètres dedans -


Juillet.
Bord de mer.
Sorties rêvées.
Il suffit de se lever tôt.
C'est quand rien ne presse le matin que la tête se met seule et bien volontiers à l'heure du soleil.
Je me lève avec l'aurore.
Le temps de s'hydrater.
La course se fait toute seule. Le corps conscient du privilège.

Dimanche 6
 Pas un chat. 
Ah si. Pêche prohibée. Le pêcheur de 6 heures trente n'en a cure et le félin reste aux aguets.
Lundi 7
 Côte sauvage. Le même soleil se lèvera dans 6 heures sous les tropiques. On s'y croirait.
Le monde est aux runneurs qui se lèvent tôt.

                              Le soleil est un peu plus haut mardi quand nous sortons avec mon mari.
Les lys maritimes captent déjà les rayons du soleil. Il fera chaud aujourd'hui.

 Mercredi. Chic, mon mari m'accompagne. Nous prenons un peu de hauteur pour un petit trail sur les falaises du chemin côtier.

Petit matin jeudi. Les jambes sont lourdes. Demain pause.

La pause du vendredi est bénéfique au samedi.
Je longe le chemin du littoral avec un petit D+ de 250 mètres. 
Le temps est idéal. Je cours sans aucun mal et je retrouve les sensations "mythiques" de l'envolée "Icarienne" du Pont de Millau !
La vie est belle !

Je rapporte de mon ultime course sur littoral l'image d'une plage partagée au petit matin avec les mouettes rieuses et je leurs réponds bien.
                                                                                      ✪✪✪

Un retour brutal au réel.
13 km. Pour digérer l'info.Vite.

  Parce que je suis une incorrigible fille. 
Je ne résiste pas à l'envie de partager mon panier de soldes chez I-Run.
Mes nouvelles montures Mizuno rose. Elles m'accompagneront sur mes 42,195 kilomètres du marathon de Toulouse ! - 11 km  jeudi de test en grande forme ! -

Dimanche. Encouragée par des rois du bitume, des as du triathlon et des princes des ultra - Je suis bien entourée ! - je teste une autre forme d'effort au cardio en enfourchant le VTT du fiston.
75 km sur le canal du midi. Une expérience à renouveler d'urgence !

* Un article à lire sur la Dépêche pour en connaître un peu plus sur Éric qui s'engage malgré un sérieux chamboulement personnel à courir la No Finish Line de Monaco pour Loïc en novembre prochain !

vendredi 11 juillet 2014

Courir

Pas mieux.
Je n'ai pas trouvé mieux.
Courir. C'est ce que fait Émile.
Jean Echenoz en 2008 en a tracé la biographie. 
Enfin. En a romancé la biographie.
Court, claquant et percutant.
Rapide, simple et attachant.
Ce livre est une intrigue littéraire. D'une simplicité désarmante. C'est ça.
Ouvrier chez Bata en Moravie en début de seconde guerre, Émile court parce qu'on l'y oblige.
Bon petit soldat : Il veut bien courir du moment qu'on ne l'emmerde pas.
A force de courir, Émile va y prendre goût et avec l'arrivée des Russes et le retrait des troupes Allemandes il deviendra le sportif qu'on exhibe et dont on chante les gloires pour bien montrer au monde de l'ouest à quel point elle est belle la patrie du communisme.
Émile Zatopek rafle toutes les médailles ! 
Ça en devient presque agaçant. Ce type n'a rien de beau. Il n'est pas laid non plus. Il n'a rien d'académique. Ah ça non. C'est un pantin, qui s'entraîne étrangement, tout seul en alternant les courses rapides et les courses de fond et qui s'offre le luxe d'un tour de piste de courtoisie en grimaçant benoîtement à la fin d'un marathon couru comme de rien.
Et c'est étrange. Echenoz écrit. Ses phrases sont courtes, rythmées, cadencées et parfois comme un Émile sorti de sa boite, la cadence se brise, l'auteur pose un caillou blanc, une pointe d'ironie, un oeil critique, juste ce qu'il faut pour que l'on n'en pense pas moins, et il reprend sa course, métronome sur son couloir, comme s'il voulait se faire l'écho de son héros mais pas trop.
Parce que Émile, il gagne. Mais il ne le fait pas franchement exprès. Il va là où on lui dit d'aller. Ni plus ni moins. Et si il gagne, c'est parce que c'est ainsi. 
Qu'on fasse de lui un étendard à la gloire du communisme l'importe peu. Il fait ce qu'il aime. C'est un homme ordinaire, médiocre et commun, si attachant pourtant, peut-être parce qu'il est naïf….Ou qu'il fait semblant de l'être.
Le rayonnement de l'athlète se heurte à l'enfermement volontaire d'un régime totalitaire qui finira par détruire son prodige qui aura osé ouvrir son clapet un peu trop grand - un mot de travers. Hop, c'est déjà trop -
 Destitué. Du jour au lendemain. 
Passant sa grande carcasse de la lumière à l'ombre, il restera éternellement "l'homme le plus rapide du monde".
Le temps d'un semi - Deux heures à mon rythme, au rythme d'Emile, vous lisez très très vite- courez avec le grand Echenoz sur la piste d'Emile. 
Une lecture qui a vraiment. Vraiment beaucoup d'allure !
"Courir" de Jean Echenoz
Editions de Minuit
- Article publié le 14/09/13 sur mon blog Sophielastyliste

vendredi 4 juillet 2014

Entrainements du 24 juin au 4 juillet

 Le mardi, j' arrête de procrastiner. Pour redescendre de mon petit nuage (mais un podium quoi* !) je mets mes ailes. 
 Vendredi, je décide de sortir sur un objectif d'environ 12 à 13 km. J'enjambe la Garonne pour passer rive gauche, direction plein sud. Je laisse derrière moi le pont Coubertin - pensée pour mon futur départ de marathon- Je traverserai au prochain. Le prochain c'est la rocade.Ballot. Me voilà embringuée dans un jogging beaucoup plus long que prévu. Bad mood. Je rumine. Je foule au pied une myriade de petits cailloux bruns. Certains cailloux ont des toutes petites cornes… Fatiguée aujourd'hui. Et tous ces ridicules gastéropodes que je foule sans le vouloir, ça me contrarie. Je lève le nez de mon champs de bataille visqueux. L'Oncopole, flambant neuf. Vaisseau planté comme une promesse. Parfois on repart en pleurant, mais on repart plus sereinement. Va comprendre les mécanismes du coeur.
Je cours 20 km.
 Dimanche. Petite sortie. J'ai travaillé aujourd'hui. Cardio ok. Casque audio ok. Oups. Non. Casque non. Tu connais la fille qui va courir guillerette avec son mètre ruban autour du cou ? Silence radio :(
 Mardi. Fin de journée pour gagner en fraîcheur. C'est encore bien relatif. Run solidaire. Je poste mon courrier à Eric pour Loïc .
 Mercredi. Soyons fous. Et toc un record sur 10 km.
Vendredi. J'ai changé mes pneus ce matin. Je sors les rôder. Bon choix. Et bim, un nouveau record.
- Notez que pour un objectif marathon, ce n'est pas du tout du tout la bonne façon de s'entraîner. 
Je vais devoir me recadrer un brin… -
                           ****

dimanche 29 juin 2014

Eric, pour Loïc.

Jeudi 15 mars 2012.
4 jours après l'assassinat du sous-officier Imad Ibn-Ziaten à Toulouse, c'est au tour de Mohamed Legouad et d'Abel Chennouf, militaires au 17 ème Régiment de Génie Parachutiste de Montauban d'être froidement abattus à bout portant .
Loïc Lieber devait être le suivant. Il accompagnait ses deux compagnons d'arme. Il fut laissé pour mort par son assassin avec une balle de gros calibre logée dans la moelle épinière.*
On connaît la suite de l'équipée meurtrière qui se finira après l'ignoble tuerie à l'école Ozar Hatorah, dans un logement des coteaux de l'est de Toulouse.
Depuis plus de deux ans, et après une longue période de coma, Loïc se reconstruit.
S'il n'a pas de souvenir global de ce funeste jour, ses frères d'armes en ont été profondément marqués.
Le Caporal Chef Eric Bermont est de ceux là.
Il n'appartient pas au régiment de Loïc, et pourtant. Il se sent frère, il se sent proche, il se sent effrontément solide et tellement vivant !
Appartenant au 31 ème Régiment de Génie de Castelsarrasin et coureur à pied plus qu'émérite, il a décidé de battre son record de 517 km en une semaine ( 12 marathons en une semaine, ça me rend perplexe ! ) et de dédier dans sa globalité son prochain défi à Loïc Lieber.
La Princesse Caroline de Monaco, marraine d'honneur du 17 RGP de Montauban offre un dossard à Eric pour l'exceptionnelle "No finish Line "de la digue du port Hercule de Monaco.
Des coureurs internationaux de haut vol courront au coté d'Eric. Mais pas seulement.
 La No Finish Line de Monaco est une course en circuit fermé qui se déroule sur 8 jours consécutifs.
24 heures sur 24, seul ou en équipe, en marche, en course, en famille, grands, débutants et enfants en poussette, chacun rentre dans cette ronde dont le maitre mot est solidarité.
Les droits d'inscription sont reversés à l'Association Children & future qui oeuvre pour l'enfance défavorisée ou malade. 
Le but ? Pour la plupart, marcher et courir festif et solidaire, pour d'autres, atteindre des sommets de résistance et d'endurance dans un cadre totalement sécurisé.
Du 15 au 23 Novembre 2014, Eric Bermont tentera de parcourir 606 km, distance symbolique qui sépare le lieu de la tuerie de Montauban à l'Hôpital où se bat encore Loïc Lieber.
Si cet incroyable défi sportif demande avant tout au coureur du souffle et des jambes qui ne faiblissent pas, il a aussi besoin de votre coeur.
Accompagnons Eric et Loïc vers leurs victoires respectives !
Vos dons en chèque seront adressés à l'ordre de Loïc Lieber.
Cch Eric Bermont
31 ème RG
21 ème ccl/sgmc
82100 Castelsarrasin.
Page FaceBook : Ensemble pour Loïc
L'armée, c'est comme le foot. Un terreau d'intégration…
Sauf qu'elle se nourrit aussi des défaites et de l'adversité.

* Le "Padre", Christian Venard raconte avec beaucoup d'émotion ses longues heures passées ce jour là auprès des victimes dans son livre témoignage "Un prêtre à la guerre" édité chez Taillandier.